La découverte de mon asexualité

Vous voulez parler -ou entendre parler de l'asexualité ? Faites-nous part de ce qui vous passe par la tête, comment vous ressentez votre asexualité, votre relation aux autres, comment tout ceci influence votre vie.
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Martin2
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La découverte de mon asexualité

Message par Martin2 »

Salut à tous,

J'ouvre un nouveau sujet pour parler de mon cheminement vers la découverte de mon asexualité, à la fois pour partager, mais aussi pour faire le point dans ma tête en posant tout ça à l'écrit.

Je me suis régulièrement posé des questions sur ma sexualité, parce que je me sentais en décalage avec les autres. Il y a quelques temps je m'étais renseigné et j'avais trouvé que la demi-sexualité me correspondait bien... alors que non. J'ai compris très récemment ce qu'était l'asexualité (ne pas sentir de désir sexuel envers une personne) et maintenant je me considère plutôt comme greysexuel.

Je me suis longtemps trompé moi-même sur ma sexualité, à cause de mon adolescence. J'ai vécu du harcèlement scolaire (le petit gros intello, discret, introverti...), mes parents étaient plus ou moins des colocataires (ils ne se parlaient pas, ne faisaient rien ensemble), et je ne pouvais pas trouver de réconfort avec eux, que ce soit émotionnellement ou dans l'intimité physique. Depuis mes 12-13 ans je suis donc livré à moi-même sur ces aspects (j'ai 33 ans aujourd'hui). J'ai trouvé un certain réconfort en commençant à regarder des films érotiques, puis du contenu pornographique et la masturbation qui va avec. Je dirais que depuis une quinzaine d'années, c'est devenu une routine, pour anesthésier mes émotions (bonnes ou mauvaises) et parfois la solitude, l'ennui... Bref, 9 masturbations sur 10 (pour ne pas dire 10/10) c'était pour ça. J'ai pris conscience l'an dernier que ce n'était plus possible de continuer ainsi, ça me rendait vraiment malheureux. Je regarde donc beaucoup moins de porno et je comprends mieux mes émotions et mon corps. J'essaie de ne me masturber que lorsque je ressens vraiment cette envie dans mon corps, qui arrive peut-être une fois par semaine, voir moins. C'est difficile à dire, car souvent je craque et je reprends cet automatisme de masturbation pour combler l'ennui ou évacuer une mauvaise émotion.

En général, je n'ai rien contre le concept de la sexualité. J'ai des fantasmes, j'apprécie la masturbation, l'idée d'un rapport sexuel ne me dégoûte pas vraiment. Mais je n'ai jamais ressenti (ou alors, très très rarement) une envie sexuelle envers une personne dans la vraie vie. J'apprécie beaucoup le corps féminin, j'ai croisé beaucoup de belles femmes que j'aurais aimé sentir, toucher (non sexuellement). De là à vouloir leur faire l'amour? Je n'en ressens pas l'envie. J'ai eu plusieurs gros crushs (de la limérence surtout...) et jamais je n'imaginais avoir un rapport sexuel avec elles, ou alors je devais vraiment me forcer. Et je trouvais ça dégradant, totalement en décalage avec ce que je voulais vivre avec elles (des câlins, de la chaleur, des discussions, une présence...). Récemment, j'ai eu quelques fantasmes sur une femme de mon groupe à la piscine. Je ne ressens pas dans mon corps cet élan sexuel qui me ferait aller vers elle, mais je ne m'interdis pas de fantasmer à la maison. Je fantasme sur ce qu'elle peut représenter pour moi, plutôt que ce qu'elle est réellement. Une fois l'affaire finie, je me dis que c'était très bien ainsi, que je ne veux pas le vivre en vrai. Un moment avec elle me l'a confirmé. On s'est retrouvé ensemble dans un jacuzzi après la séance, elle était à l'opposé au début, puis elle s'est mise à côté de moi. Je n'étais pas stressé, mais juste pas à l'aise. Si elle avait commencé à me toucher la cuisse, par exemple, j'aurais été très gêné et je l'aurais repoussée. Et puis quand j'ai d'autres fantasmes, je vais m'imaginer une autre fille du groupe, ou bien une femme croisée dans la rue ou vue dans un film.

Il y a plein d'autres moments similaires qui me confirment, après coup, mon asexualité:
- Dans mon enfance, j'ai eu des moments intimes avec une voisine, comme jouer au docteur ou se toucher dans la piscine. Mais jamais ça ne m'a frôlé l'esprit de m'intéresser à son sexe.
- Au collège, je me souviens avoir vu la raie des fesses d'une fille de la classe et de me dire "est-ce censé m'exciter?". Je ressentais plus du dégoût qu'autre chose. Je n'ai pas envie d'avoir cette partie du corps sur mon visage, ou bien y glisser ma main... C'est à la fois dégoûtant et ça ne m'excite absolument pas.
- Une femme avec qui je faisais du covoiturage m'invite à visiter son logement. Je n'ai pas saisi le sous-entendu au début, je voulais juste rentrer, j'ai refusé, et même si je l'avais compris, j'aurais refusé. Je n'avais aucune envie d'avoir un rapport avec elle. Le lendemain, un de nos collègues me demande si "la fellation était bonne"... J'ai trouvé ça tellement déplacé et dégoûtant...
- Je suis très porté sur les jambes et les pieds, les autres parties du corps féminin me plaisent aussi, comme les seins ou le dos, mais je ne ressens pas cette envie de voir ou toucher un sexe. Pour moi ce n'est pas une priorité. Je trouve ça plus excitant une femme topless sur la plage, que totalement nue.
- Je fais plusieurs séances d'ostéo et de massages par an, et j'apprécie beaucoup le contact des mains féminines sur mon corps. J'ai remarqué que je prenais énormément de plaisir lorsque leurs mains passaient sur mes pieds et mes mains, je ressentais leur chaleur, comme un transfert d'énergie. Mais lorsque leurs mains se rapprochent de zones plus érogènes, l'intérieur des cuisses (et donc proche du sexe) par exemple, je ne ressens rien du tout. L'ostéo m'a déjà manipulé de façon à ce que mon visage soit très proche de sa poitrine (quelques centimètres) et c'est pareil, je ne ressens pas du tout d'excitation, même si ce n'est pas désagréable. Juste, je ne ressens rien.

Globalement je n'arrive pas à comprendre comment et/ou pourquoi les gens ont des relations sexuelles entre eux. Ça peut m'exciter en photos, en vidéos, dans ma tête, mais une fois dans la réalité, je me sens totalement en décalage. Combien d'amis ai-je qui parlent de leurs exploits, ont l'impression de mourir s'ils ne couchent pas pendant 2 semaines d'affilé, comparent leur bodycount... Quelle horreur. Une relation sexuelle sans sentiments, il faut vraiment m'expliquer comment et pourquoi. C'est inconcevable pour moi. Ou alors peut-être dans des conditions ultra spécifiques, ou bien parce que je me suis abandonné pour expérimenter... et encore. Si une femme me proposait une relation sexuelle, je lui dirais: "pourquoi faire?" ou alors "arrête tes conneries, ne sois pas ridicule". J'ai toujours détesté les sites de rencontres, qui sont des marchés de la viande où tout le monde se focalise sur le physique et personne ne veut s'intéresser à la personnalité. J'ai essayé un mois, ce n'était que du ghost, ça a détruit ma confiance en moi. Je préfère les rencontres réelles.

Je suis encore vierge, ça m'a longtemps dérangé, mais maintenant en comprenant mon asexualité je ne m'en préoccupe plus. Ça ne me déplairait pas d'expérimenter, plutôt pour la curiosité et le fait de me dire "je l'aurais fait au moins une fois dans ma vie". Il me faudrait pour cela une femme avec qui l'alchimie est très bonne, où je ne me sens pas sous pression. Je pourrais aller dans un bordel ou appeler une escort, mais déjà, l'idée de payer pour un rapport, je trouve ça dégradant. Et puis je sais que 99 fois sur 100, devant le bâtiment ou le téléphone, je ferais machine arrière en me disant qu'au fond, je ne veux pas, je préfère mettre cet argent dans des choses plus utiles. J'ai un sextoy, sauf que je ne l'utilise pas plus de 10 fois par an, et encore. La plupart du temps j'oublie même son existence. Ça peut me faire plaisir au début, puis au bout d'un moment je peux dissocier et me trouver ridicule. Je n'arrive pas à m'imaginer faire les mêmes mouvements mais en présence d'une femme, encore moins "dans" une femme (rien que dire ça je trouve ça lunaire mdr). Ce serait tellement étrange... et je n'en ressens pas ça comme un besoin vital. Sans doute qu'après avoir expérimenté, je me dirais "ok, ça fait tel effet, je l'ai fait une fois, maintenant next, j'ai l'esprit tranquille."

Je me pose encore pas mal de questions malgré tout ce que je viens de raconter. L'asexualité ne fait plus grand doute, mais je ne suis pas encore sûr du spectre exact. Greysexuel me paraît adéquat pour l'instant. Il faut prendre en compte que j'ai une peur de l'intimité, peu de confiance en moi et que je ne me sens pas du tout d'initier une relation, à cause de la relation avec mes parents et des nombreux rejets que j'ai pu vivre avec les femmes. Je ne sais pas si je suis dégoûté des parties génitales féminines, n'en ayant jamais vu en vrai, encore moins touché. Peut-être que mon point de vue changera lorsque j'aurai expérimenté? Et puis si jamais l'expérimentation n'arrive jamais, eh bien tant pis?

Bref, je suis soulagé de voir que d'autres personnes sont comme moi. Elles n'ont rien contre le concept de sexualité ou de masturbation, y prennent même du plaisir à pratiquer en solo ou à fantasmer, voir à consommer du contenu porno. Mais que l'envie de le faire en vrai n'est pas là, ou alors dans des conditions très particulières et avec une fréquence très basse.
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par clemclementine »

Merci Martin pour ton message, qui dénote un profond travail d'introspection.

Concernant le terme d'asexualité ou de greysexualité, de toute façon, il est important de garder en tête qu'on ne s'étiquette pas à vie, mais qu'on essaie simplement de trouver un mot qui décrit le mieux la situation actuelle, sans présager du futur, ni se bloquer par rapport à une définition.

Concernant l'idée de se dire d'avoir eu une relation sexuelle au moins une fois dans sa vie, j'ai l'impression (toute personnelle) que ce n'est pas nécessaire de s'en faire un objectif. Si ça arrive d'une façon agréable et désirée, tant mieux, mais sinon, dans la mesure où l'on n'en ressent pas le besoin ni l'envie, ça ne me parait pas incontournable. Je ne suis pas sûre que le fait d'expérimenter change la donne (sachant que ça peut aussi être très désagréable), mais j'imagine que c'est très personnel.

Et s'il y a d'autres points sur lesquels tu sais que tu veux travailler (gagner en confiance, être plus à l'aise avec l'intimité etc.), ça vaut le coup de s'y mettre, à son rythme, mais sans se dire que ça débloquera forcément quelque chose au niveau de la sexualité car, en réalité, peu importe. L'essentiel est de se sentir à l'aise dans sa vie et de se libérer peu à peu des entraves que l'on ressent.

Bonne continuation et merci pour ton témoignage,
Dernière modification par clemclementine le 04 janv. 2026, 08:21, modifié 1 fois.
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clotaire
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par clotaire »

Bienvenue Martin2 :-)

C'est amusant, je me suis inscrit sur ce forum à 33 ans moi aussi, et je reconnais assez bien dans ton message l'état d'esprit dans lequel j'étais à l'époque ;-)

Je suis 100 % d'accord avec les conseils de clemclementine 8-)
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par Erialc »

Bienvenue Martin ! Tu sembles assez au clair avec toi-même.
Prends le mot avec lequel t'es à l'aise.
Pour le fait d'avoir une expérience, je rejoins Clemclem.
🍻 Rencontres Meet up (sorties) entre asexuel.les à Nantes et ailleurs dans l'ouest :
👉 Lien vers le compte Instagram
🧭 Lien vers le site Internet et la charte des rencontres
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par Martin2 »

clemclementine a écrit : 04 janv. 2026, 08:19 Merci Martin pour ton message, qui dénote un profond travail d'introspection.

Concernant le terme d'asexualité ou de greysexualité, de toute façon, il est important de garder en tête qu'on ne s'étiquette pas à vie, mais qu'on essaie simplement de trouver un mot qui décrit le mieux la situation actuelle, sans présager du futur, ni se bloquer par rapport à une définition.

Concernant l'idée de se dire d'avoir eu une relation sexuelle au moins une fois dans sa vie, j'ai l'impression (toute personnelle) que ce n'est pas nécessaire de s'en faire un objectif. Si ça arrive d'une façon agréable et désirée, tant mieux, mais sinon, dans la mesure où l'on n'en ressent pas le besoin ni l'envie, ça ne me parait pas incontournable. Je ne suis pas sûre que le fait d'expérimenter change la donne (sachant que ça peut aussi être très désagréable), mais j'imagine que c'est très personnel.

Et s'il y a d'autres points sur lesquels tu sais que tu veux travailler (gagner en confiance, être plus à l'aise avec l'intimité etc.), ça vaut le coup de s'y mettre, à son rythme, mais sans se dire que ça débloquera forcément quelque chose au niveau de la sexualité car, en réalité, peu importe. L'essentiel est de se sentir à l'aise dans sa vie et de se libérer peu à peu des entraves que l'on ressent.

Bonne continuation et merci pour ton témoignage,
Merci pour ton retour Clem. J'ai encore des zones d'ombres, des interrogations.

Tout d'abord parce que ma consommation de porno et la masturbation viennent principalement d'automatismes depuis l'adolescence. Ça me permet d'anesthésier mes émotions et de moins ressentir l'ennui ou la solitude, parfois. J'ai fait un an de psychothérapie et ça m'a permis de me reconnecter avec mes émotions, donc je ressens moins ces besoins et j'écoute mieux mon corps. Cette année, je dois faire un vrai travail là-dessus et avoir recours à la masturbation uniquement quand c'est la libido qui demande. Ça me permettra de beaucoup mieux la connaître et d'effacer ces vilaines habitudes, et me sentir beaucoup plus en phase avec mes besoins (j'en ressens déjà les effets).

Ensuite, je me suis longtemps déconnecté de mes émotions, et donc des autres. Mes parents ne pouvant répondre à mes besoins, incapables de me montrer l'exemple à suivre, eh bien je prenais mes distances avec tout le monde, même sur le plan amical. Je n'arrive pas à prendre quelqu'un dans mes bras ou l'embrasser. Il n'y a aucun élan naturel, jamais je ne prendrai l'initiative, pourtant ça pourrait me plaire, de me sentir aimé et rassuré. Bien sûr qu'un rapport sexuel, étant le summum de l'intimité entre deux personnes, m'effraie beaucoup. Je n'ai jamais senti de réelle connexion avec quelqu'un. Un rapport c'est se montrer vulnérable et c'est encore impossible pour moi, sans parler du fait que je ne ressens pas forcément l'envie d'y mettre littéralement mon nez. Rien que me montrer nu devant une femme, dans un contexte platonique, c'est une épreuve.

Je suis passionné par les sports mécaniques et j'ai toujours voulu conduire une voiture de course, depuis tout petit, sans pour autant que ce soit une obsession. J'ai pu réaliser ce rêve lors d'un stage, ça n'a duré qu'une vingtaine de minutes mais j'ai su de quoi j'étais capable, et les sensations que ça faisait. Je me suis senti libéré d'un énorme poids. Je l'aurai fait au moins une fois dans ma vie. Aujourd'hui, je n'en ressens plus du tout le besoin. Si l'occasion se présente, alors pourquoi pas, avec plaisir, mais je n'en fais aucune fixette, je n'y pense plus. Je me dis que vivre un premier rapport sexuel, dans les bonnes conditions, me permettrait de ne plus me focaliser dessus. Parce qu'aujourd'hui oui je me demande régulièrement quand ce moment viendra, avec qui, me dire "allez, c'est fait, n'en parlons plus", et me débarrasser d'une étiquette que je me colle moi-même. C'est idiot je sais, j'aimerais ne plus jamais penser à ça, mettre le sexe dans un tiroir et ressortir le truc quand j'en ai envie. Mais c'est encore compliqué dans un monde ultra sexualisé et stigmatisant :|
J'avais lu il y a quelques jours le témoignage d'une personne racontant qu'elle se sentait encore vierge malgré avoir eu quelques rapports. Mon meilleur ami est dans la même situation, il a dû en avoir 3 ou 4 dans sa vie, et la dernière fois remonte à une dizaine d'années. Il s'est "reviergifié" depuis selon ses propos :lol: et ça me rassure dans le fait qu'avoir un rapport ne changera rien du tout.
clotaire a écrit : 04 janv. 2026, 09:54 Bienvenue Martin2 :-)

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Ondinette
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par Ondinette »

Bienvenue Martin :) :cake:
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par Martin2 »

J'ai repensé à quelques petites choses en lisant d'autres sujets sur le forum, et j'aimerais avoir votre avis et votre expérience là-dessus.

Chez mes proches (la famille, surtout), je n'arrive pas à concevoir qu'ils possèdent un organe génital. Sans doute parce que je les connais depuis tout petit, et que j'ai grandi avec leur image sans l'aspect sexuel. Je n'arrive pas non plus à conscientiser le fait qu'ils aient des rapports sexuels, alors que 95% d'entre eux sont en couple et ont des enfants. En gros, je peux les visualiser dans une situation sexuelle, mais ça me paraît tellement irréel... Il y a une dissociation entre l'imaginaire et le réel.

Chez des inconnus ou des amis moins proches, je peux concevoir le fait qu'ils possèdent un appareil génital, parfois ça m'arrive de l'imaginer à travers leurs vêtements (surtout les femmes, vous comprendrez pourquoi pas les hommes un peu plus tard :lol: ). Mais pareil, pour moi ces gens ne font pas l'amour, comme si ça n'existait pas. Ils ne se masturbent pas non plus. La sexualité, dans la réalité, n'existe pas. Ça me casse le cerveau depuis la découverte de la sexualité quand j'étais enfant. Je me masturbe fréquemment mais comme c'était un non-sujet avec ma famille, mes amis, ou des inconnus, bah je me sens comme un extraterrestre, un mec dérangé qui n'arrête pas de se toucher.

J'ai donc un vrai décalage entre la sexualité imaginaire, pensée, théorisée, et la sexualité réelle. Même la sensualité, j'en vois rarement dans ma famille et dans la vie de tous les jours. Et quand je le vois, souvent je pense que c'est fake, forcé. Sans doute mon enfance avec des parents distants, ça.
Ça m'est néanmoins arrivé d'être indirectement confronté à la sexualité réelle. Un soir, dans un hôtel, un couple commence à faire l'amour dans la chambre d'à côté. Au début, ça m'a amusé, même excité, il y a un peu ce côté interdit, voyeur... on s'imagine des trucs, on essaie de voir à travers les murs :lol: Puis au bout de 5, 10 min, j'ai vraiment commencé à en avoir marre, je ressentais du stress, de la nervosité, comme face à un danger, je voulais juste qu'ils la ferment et qu'ils s'endorment. Le pire, c'est que ça a duré toute la nuit. Une des pires nuits de ma vie. Aucune jalousie ni frustration, juste que je ne comprends pas comment on peut passer une nuit blanche à faire du sexe. Au bout d'une heure ça doit faire des étincelles, et au bout de deux heures on met le feu au bâtiment à cause des frottements :shock:

Voir des pénis me met vraiment mal à l'aise. Ça m'est arrivé d'en voir lorsque quelqu'un s'arrête pisser dans la nature, ou dans des douches publique dans des pays étrangers. Et le mien, bah je vis avec depuis le début :lol: donc j'y suis habitué, sans pour autant trouver ça élégant. Je ne comprends vraiment pas comment on peut être attiré par un truc pareil, encore moins vouloir le toucher, même pour un chat-Tutute. Même si on me payait je le ferais pas. Concernant le sexe féminin, n'ayant jamais été confronté à ça (du moins, de forme adulte, ma mère était assistante maternelle donc j'ai vu un paquet de changements de couches d'enfants), je ne saurais pas dire. Les premières fois en photo, ça m'a un peu dégoûté aussi :| il y avait de l'incompréhension. puis à force, on s'y habitue, on y trouve un certain intérêt j'ai envie de dire, sans pour autant ressentir un élan naturel de voir ça en vrai. Il y a bien une fois où j'ai vu un cameltoe prononcé pendant l'été. Sans être désagréable à regarder, ça ne m'a pas non plus fait sauter au plafond, alors que mes collègues avaient l'impression d'avoir vu la Vierge Marie :lol:
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par clemclementine »

Je suis désolée, je ne saurais pas bien répondre à ton message.

Il y a juste une réflexion qui me vient. En te lisant, ça m'a rappelé une anecdote. L'année dernière, un couple d'amis proches m'a annoncé qu'ils attendaient un enfant. J'ai alors pris conscience... qu'ils avaient des relations sexuelles, ah ah ! Cela ne m'avait pas traversé l'esprit. Idem, il y a plusieurs années quand mon meilleur ami m'avait annoncé qu'il allait être papa. Maintenant, c'es bon, j'ai intégré l'idée que la plupart des couples que je connais ont probablement (mais pas systématiquement bien sûr) des relations sexuelles ^^
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par clotaire »

Martin2 a écrit : 04 janv. 2026, 18:51
clotaire a écrit : 04 janv. 2026, 09:54 Bienvenue Martin2 :-)

C'est amusant, je me suis inscrit sur ce forum à 33 ans moi aussi, et je reconnais assez bien dans ton message l'état d'esprit dans lequel j'étais à l'époque ;-)

Je suis 100 % d'accord avec les conseils de clemclementine 8-)
Je suis curieux de savoir comment tu as évolué. Si tu peux m'en dire plus, je suis preneur :)
Je réalise que je n'avais pas répondu à ce message^^

En fait, il y a 10 ans j'étais en pleine prise de conscience de plusieurs choses en termes d'introspection, et globalement, ces réflexions m'ont bien aidé à me sentir mieux dans ma peau. Du coup, à partir de cette période, j'ai fait des belles rencontres (j'en avais déjà fait avant, mais là j'ai senti que c'était de mieux en mieux 😊)
Et finalement il y a une rencontre qui a compté un peu plus que les autres et je me suis marié. Cela dit, je suis toujours dans le spectre de l'asexualité, et mon épouse aussi.
Pour autant, ce n'est pas rose tous les jours, et je me pose régulièrement plein de questions sur mon couple, mais c'est un autre sujet je crois. Ce qu'il faut retenir ici, c'est que tout en étant asexuel, j'ai parcouru un chemin intéressant ;-)
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par Martin2 »

Je ressens déjà des effets positifs après l'acceptation de mon asexualité et possiblement aromantisme (même si je me pense être dans le grey sur les deux points). Pendant longtemps je me sentais "comme les autres", en quête d'une vie amoureuse et sexuelle pour mon épanouissement, mais sans vraiment chercher, sans faire d'efforts... et c'est cette non-recherche qui m'a fait un déclic. Non, je n'en ressens pas vraiment le besoin, en fait. :D

Ma vie de célibataire, seul chez moi depuis bientôt 15 ans, me convient bien. Bien sûr, ce n'est pas toujours tout rose, surtout en télétravail, et un sentiment de solitude s'installe parfois. Mais ça va mieux quand je sors, quand je suis occupé, et je suis heureux de rentrer seul chez moi, dans le calme et la sérénité. J'ai drastiquement diminué ma consommation de pornographie et très honnêtement, quand j'en revois, je trouve ça d'un ridicule :ouhla: Les gueules qu'ils tirent, toute cette jouissance surjouée, comment j'ai fait pour en regarder autant :lol: Ça me fait vraiment du bien de me détacher de tout ça.

Je sens que ça se répercute avec ma relation aux autres. Je sexualise moins les femmes (parce que c'est ce que la société et le porno nous demandent, non?). Je ne les vois plus comme des potentielles partenaires, et ça améliore grandement mes relations avec elles. Je me sens moins coincé, moins dans un faux rôle, je redeviens moi-même. Je n'ai pas peur de me montrer tel que je suis. Je l'ai bien senti ce soir, pendant mon cours de sport. Pas d'arrière-pensée ni d'attentes... A la fin du cours j'ai discuté avec notre entraîneuse. Elle nous avait dit la raison de son absence à la prochaine séance (pour raisons pros), et j'ai voulu en savoir un peu plus, de façon très sérieuse. Ce n'était pas un moyen de me rapprocher d'elle ou de la draguer. C'était juste quelque chose de spontané et amical. Il y a encore un mois je me serais posé tellement de questions: "est-ce qu'elle croit que je veux me rapprocher d'elle, que je veux la draguer, est-ce que je lui montre trop qu'elle m'intéresse?" :roll: Je sais qu'elle est casée (et sans doute assez solidement), ça n'empêche qu'on peut sympathiser et rire ensemble.

Bref je sors petit à petit de ce schéma que les relations hommes-femmes sont surtout amoureuses/sexuelles et moins/pas amicales. C'est ce que je pensais déjà par nature, mais qui au fil des ans a disparu de mon esprit, à cause de l'hypersexualisation de la société, les mariages et enfants à outrance chez les amis, la famille... Et puis aussi cette pression que je me mettais, à me dire "est-ce que cette femme serait enfin la bonne?". Ou alors, "oui mais si ça va plus loin, qu'est-ce que je fais sur le plan sexuel, vu que j'ai aucune expérience et que c'est pas mon but dans la vie de couple?" Eh bien je sais maintenant que je n'ai pas besoin de vivre en couple pour être épanoui, ni même avoir des relations sexuelles. Et je peux aussi mettre des limites si jamais l'occasion de me mettre en couple arrive, ou si une femme croit à tort que je la drague.

Je me sens plus en phase avec moi-même et c'est très plaisant :mrgreen:
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par clotaire »

C'est cool que ça t'aide à te sentir mieux :-)

Il faut espérer que ce soit un déclic qui dure et que le petit nuage sur lequel tu es ne se dissipe pas trop vite ;-)
Martin2
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par Martin2 »

Pour l'instant, il semble tenir et même se consolider. :)

J'ai quand même un petit pincement au cœur, par moments, quand j'entends parler les autres de leurs relations affectives ou amoureuses, même de façon anecdotique ou suggérée. Sans non plus idéaliser leurs relations ou les envier, ça me plairait aussi de ressentir de l'affection, d'avoir quelqu'un sur qui compter, avec qui discuter de sujets profonds. Depuis le lycée, je ne crois plus à ces histoires qui nous racontent que "notre âme sœur nous attend quelque part". Et pourtant, combien de fois j'entends une femme dire qu'elle est en couple, ou mariée, ou je ne sais quoi d'autre. Combien de fois ai-je vu des couples exister depuis toujours. A force, on se demande si un jour on va pouvoir se faire une petite place dans l'esprit d'une personne et compter pour elle. J'ai conscience qu'il faut être ouvert aux autres, mais je suis un introverti très prudent de par mon histoire et mon caractère, je ne peux pas changer ma nature.

Je sais pas. Je n'ai pas envie de vivre avec quelqu'un, ni me marier, ni avoir d'enfants. Je n'aime pas être le centre de l'attention. En général, je le vis bien. Et puis parfois, on passe une bonne journée ou soirée avec d'autres personnes dans un lieu public, et au moment de se séparer, untel va rejoindre son mari, l'autre grimpe dans une voiture en passagère, et toi, tu rentres tout seul dans ta maison. Ça te convient bien, t'es dans ton confort, mais au fond, t'aimerais bien faire un câlin à une personne que tu aimes, fermer les yeux, ne penser à rien, simplement ressentir l'énergie de l'autre, et se dire que tout va bien, comme un enfant consolé par sa mère.
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par Baelfire »

Ca c'est être humain ni plus ni moins :) On reste des êtres qui ont besoin d'interactions avec leurs semblables. Je ne sais pas si l'âme soeur existe vraiment mais ce dont je suis certaine c'est que les connexions fortes existent.

Tu pratiques des loisirs un peu ? Tu as des amis proches ? Ton club de sport c'est une sale où les gens se disent juste bonjour ou il y a un esprit de groupe ?
Dernière modification par Baelfire le 30 janv. 2026, 09:16, modifié 1 fois.
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clotaire
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par clotaire »

Martin2 a écrit : 29 janv. 2026, 23:49 au fond, t'aimerais bien faire un câlin à une personne que tu aimes, fermer les yeux, ne penser à rien, simplement ressentir l'énergie de l'autre, et se dire que tout va bien, comme un enfant consolé par sa mère.
Pour ma part, la pratique des danses folk et la fréquentation des bals m'a bien aidé à avoir ma dose de contact physique. Mais je reconnais que c'est un milieu spécifique, il faut rentrer dedans...
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Re: La découverte de mon asexualité

Message par Martin2 »

Baelfire a écrit : 30 janv. 2026, 09:14 Tu pratiques des loisirs un peu ? Tu as des amis proches ? Ton club de sport c'est une sale où les gens se disent juste bonjour ou il y a un esprit de groupe ?
Je suis en télétravail depuis pas mal d'années maintenant, mais je fais quelques prestations en présentiel dans une autre entreprise. Mes loisirs et centres d'intérêt sont plutôt très masculins, comme mon taf. J'ai un meilleur ami avec qui je discute de tout et de rien par Messenger mais il habite à l'autre bout de la France, on doit se voir une fois tous les trois ans.

J'ai commencé la natation cette année et on est à peine une petite dizaine dans le groupe, on se dit bonjour et on discute un peu mais des groupes (voir des duos) se sont déjà créés. Évidemment la seule personne avec qui je partage vraiment, c'est le seul autre homme du groupe :lol:

Hier soir c'était un petit moment passager, je suis allé écrire et ça allait mieux. Des petits coups de mou comme ça, ça peut arriver mais ça reste plutôt rare. Tant mieux, sinon ça serait un calvaire :roll:
Dernière modification par Martin2 le 30 janv. 2026, 11:45, modifié 1 fois.
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