Pour ceux qui sont sensibles aux enjeux éthiques soulevés par l'intelligence artificielle, je ne peux que vous inviter à jeter un œil à la campagne "BoycottGPT" lancée il y a quelques semaines. En me renseignant petit à petit sur l'entreprise d'OpenAI, j'ai découvert qu'en plus d'être accusé d'agressions sexuelles graves sur sa petite sœur qui aujourd'hui vit du travail du S (Sam Altman, le PDG), les patrons de l'entreprise ont financé la campagne de Donald Trump à hauteur de 25 millions de dollars, et collaborent avec la politique ICE anti-immigration. Evidemment, c'est pour ceux qui peuvent le faire, je sais que beaucoup d'entreprises font un pressing infâme pour que les employés "s'adaptent" à ce nouveau régime technologique.
https://quitgpt.org/
Les implications éthiques de "l'intelligence artificielle" sont beaucoup plus vastes que celles liées à l'environnement. Il y a aussi du racisme et du classisme à l'épreuve (par exemple, le datacenter de Grok (IA interne au réseau X) est implanté à Memphis, spécifiquement dans le quartier afro-américain après les protestations des habitants blancs des environs. Les habitants ont rapporté une augmentation exponentielle de problèmes respiratoires graves, et une détérioration de leur état de santé. Tout ça va de pair avec la pratique du zoning, qui a consisté à délimiter des espaces urbains et des quartiers ségrégés, tant en terme de "race" (au sens historique) que de classe. Benjamin Chavis parlerait de racisme environnemental ; pour élargir cette notion, je rappellerais que Murray Bookchin écrivait très bien que la domination de la nature découlait de la domination de l'homme sur l'homme.
L'attrait des suprémacistes blancs et autres grands patrons aux idéaux autoritaires pour la technologie "futuriste" de l'ordre du transhumanisme (c'est à dire ce qui transfère la charge d'un travail humain à une machine, ce qui est censé "l'augmenter" ; l'IA commence à rentrer dedans, au moins partiellement) est documentée depuis que les historiens ont étudié l'esthétique et les moyens de propagande du fascisme. On retrouvait des aspirations similaires dans le mouvement futuriste de Mussolini, ou encore dans le 3ème Reich pour qui la technologie devait seconder l'eugénisme et l'avènement d'une race supérieure. Le politologue et historien Roger Griffin expliquait le mythe central du fascisme était un passé glorifié, et un futur marqué par une technologie permettant d'homogénéïser la nation (qui aura renaquit de ses cendres). Personnellement, je fais le rapprochement : l'IA dicte une expression acceptable, une manière formatée de s'exprimer qui a commencé à coloniser les cerveaux. On voit des personnes adopter les codes de cette écriture formatée même sans utiliser le logiciel.
Je rappelle le scandale du collier IA "friend" (surveillance de masse et dystopie totale), sur lequel il y aurait énormément à dire.
Vous pourrez faire le rapprochement entre tous les textes, toutes les images générées à des fins de propagandes par Donald Trump et son gouvernement qui ne s'en prive pas, mais aussi de la pelée de sbires de RN-reconquête qui s'en servent pour appuyer leurs argumentations, pensant que c'est une "base de donnée très fiable" (oui, ils me l'ont sorti 1er degré : un logiciel de prédiction du mot suivant le plus probable, qui brode pour aller au delà quand il ne trouve pas de source, c'est une base de données "très fiable"...).
On retrouve sans surprise, Epstein, au centre de ce qui est sûrement le plus gros scandale pédocriminel de notre siècle, qui a financé une entreprise de recherche pour le transhumanisme et l'intelligence artificielle avec une somme écœurante. On voit toutes les dérives : outil servant massivement à la propagande d'extrême droite, formatage et annihilation de l'unique qui fait l'expressivité d'une personne sur les réseaux, déshabillage des femmes et processus de deepfakes largement facilités, racisme environnemental, accroissement du gouffre entre les riches et les pauvres avec la création de nouveaux "besoins" (spécifiquement pour les tech transhumanistes, neuralink et eugénisme à peine masqué d'Elon Musk)... Pour peu que l'on connaisse déjà l'articulation faite entre les luttes sociales, l'impact de l'industrialisation de masse et du capitalisme sur les populations minorisées n'a absolument rien d'étonnant. Ceci dit, on a atteint un virage où l'extrême droite peut désormais s'en donner à cœur joie dans son activité favorite : le floutage des frontières du réel et le confusionnisme.
A mon avis, résister à l'IA est fondamental. Un des aspects de ce techno-fascisme ou techno-autoritarisme émergeant est de faire croire que la technologie est neutre, et que ses usages dépendent seulement de ses utilisateurs ; à mon sens, il serait naïf de penser que ses créateurs ne jouissent d'aucun intérêts dans ce lancement, tout comme il serait réducteur de penser que les utilisateurs n'ont pas leur part de responsabilité. Cette résistance passe aussi par apprendre à repérer un contenu généré par cette technologie, passer le mot à ses proches...
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ce truc me désespère, je trouve que la critique de l'IA devient une affaire d'égo. Rejeter certaines technologies c'est perçu comme être réactionnaire, alors qu'il s'agit d'en rejeter seulement 1, pour des raisons étayées en plus, pas toutes.
Je trouve que c'est encore très frais, et que contrairement à d'autres entreprises de raçelards qui se sont imposées dans notre quotidien, si il y en a une qu'il faudrait vraiment rejeter, ce serait celle-là, ChatGPT et cie. Et je suis en train de découvrir la pensée de philosophes qui avaient prédit ce genre de colonisation numérique il y a déjà 70 ans, si ce n'est plus.
Ca me tape sur le ciboulot. De mon côté je suis très sensible à tout ce qui est formaté, à la pub etc, je vis tout ça comme une agression.
Il y a encore quelques années ça pouvait me propulser dans des crises d'angoisses stratosphériques (pas systématiquement, mais ça pouvait arriver). Là, dès que je vois un tout petit signe qu'un texte pourrait ne pas avoir été écrit par un humain, ça m'agace. Ca doit bien faire deux ans que je me fais la réflexion, mais je pense commencer à comprendre l'angoisse que les personnes ont ressenti en voyant certaines formes de technologies apparaître, génération après génération. Je pense qu'on peut "vivre avec son temps" sans adhérer à absolument tout ce qui nous est proposé.