Moi je vais y aller full spoil mais clairement, je pense que les films sur l'asexualité sont dans leur phase tragique/coincée/"bury your gays", sauf qu'il y a tellement moins de films que pour vraiment avoir des représentations importantes et
qui donnent de l'espoir, on a pas fini d'attendre.
Et très honnêtement, ça m'agace.
Slow est un beau film. L'alchimie du duo d'acteurs est dingue. Ils sont vraiment beaux ensemble. Il y a une dimension sensuelle très présente dans le film et très plaisante à regarder (je ne dirais pas mieux que Librebulle sur le langage des corps). Il y a des passages très doux, très beaux, notamment avec du body doubling. J'ai été émue plusieurs fois.
J'aime énormément Dovydas, son rapport à la nourriture (un clin d'oeil discret je pense), sa douceur, son assurance quant à son asexualité aussi.
J'aime le regard porté sur Elena, la manière dont la caméra filme, jamais dans le male gaze (puisque c'est une réalisatrice, mais quand même).
C'est aussi appréciable que le personnage asexuel soit un homme et qu'on ait en face une femme qui assume son désir.
Comme pour la BD "Les nébuleuses", on a une relation qui se construit, imparfaite et avec des personnages faillibles, qui ont leurs insécurités et qui, dans "Slow", se retrouvent prisonniers de représentations normatives.
Allez, je vous mets une balise spoiler, pour vous dévoiler le dénouement et partager mon avis
à chaud, parce qu'il y a quand même pas mal de choses à dire.
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- Et ces normes vont conduire à leur rupture.
On le sait que relationner avec des allo c'est compliqué bon sang de bonsoir ! On a pas besoin d'un film pour nous dire, ouhlala c'est dur, on est incompatibles ! On avait besoin de 20/30 minutes de plus pour (a)voir de vraies discussions posées entre Elena et Dovydas. 20 à 30 minutes de plus pour qu'ils explorent ce qu'ils dénoncent et effleurent à peine : sortir du cadre amatonormatif, envisager d'autres manières de relationner qui comblerait les besoins de chacun. 20 à 30 minutes pour les voir, chercher, discuter, s'informer... Pourquoi pas ouvrir un fil sur le forum AVEN "[HELP] En relation avec un A..." ?!
Non mais vraiment, c'est épuisant. De sortir d'un cinéma en se disant "Alors ce sera ça ma vie ? Vivre des trucs intenses avec des gens mais que de toute façon je comblerais jamais en plein donc on finira toujours par rompre ?"
Alors même que c'est pas ce que le film vendait. J'avais un peu d'espoir honnêtement.
Et je me retrouve franchement déçue par cette fin douce-amère.
Même si leur histoire s'étire sur plusieurs mois, j'ai l'impression qu'ils ont pas vraiment essayé en fait. Que cette "difficulté majeure" de l'absence de relation sexuelle, ça a été un obstacle qu'ils ont même pas tenté de surmonter. La discussion alcoolisée dans le taxi où ils parlent de relation libre, de créer quelque chose en dehors de ce qui existe, c'est là qu'on s'est le plus rapproché d'un propos intéressant sur les relations et ça n'a mené strictement nulle part. A part à leur rupture.
Pourtant s'il y a bien un truc qu'on apprend au sein de la communauté ace dès qu'on parle de relations, c'est que la base et la clé de tout, c'est la communication. J'aurais pu accepter l'échec de leur communication. Mais une telle absence (passée les premières phases de découverte de l'asexualité), beaucoup moins.
Un point d'incompréhension aussi : Elena a besoin de se sentir désirée mais on peut pas dire que ses plans culs aient été présentés/filmés comme étant particulièrement satisfaisants, au-delà du fait qu'il est évident qu'ils la désirent. Du coup, je pense que c'est là encore quelque chose qui aurait du être discuté et réfléchi.
Ça devrait être interdit de faire des films romantiques avec un personnage asexuel si c'est pour que le couple se sépare à la fin. C'est nous agiter un happy end sous le nez pour le jeter à la flotte dans le dernier quart d'heure en rappelant bien que de toute façon, c'est voué à l'échec.
A ce compte-là, autant mettre en avant d'autres représentations de l'asexualité, en dehors de relations romantiques. C'est quelque chose de plus "radical" que je vois revenir un peu en ce moment chez des aces militant.es/engagé.es.
Cette idée qu'une partie de la communauté cherche (volontairement ou non) l'approbation de la société cishétéro. "Je suis ace mais..." pour se rassurer mais aussi d'une certaine façon, pour (re)rentrer dans une certaine norme, pour montrer qu'on est pas si différents... Moi la première, hein.
Mais du coup, où sont les représentations audiovisuelles positives de personnages aroace, alloace, de QPR ? Où sont les représentations audiovisuelles ace qui elles aussi sortent des normes romantiques, de genre... ?
Bref, oui, ça parle plutôt bien d'asexualité. Cela dit. La visibilité, oui mais à quel prix si c'est pour voir et revoir les mêmes situations inextricables ?
Moi je veux m'évader, je veux rêver, je veux envisager des futurs, je veux vibrer niaisement avec les héros même si c'est l'affaire de 2h.
Je sais ce que j'attends de la fiction qui met en scène des personnages et des relations asexuelles, et ce n'est hélas pas ça.