Droit des animaux

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Natsu
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Droit des animaux

Message par Natsu » 26 déc. 2014, 21:37

Voici un article que je trouve très pertinent. Je me permets de le transmettre tel quel, en son intégralité, car il est très complet, on ne pourrait mieux l'exprimer : l'acte de manger se pense. Le lien vers l'article se situe en fin de page.

Je sais qu'il y a de nombreux végétariens sur le forum, j'espère que cet article en convaincra davantage. L'élevage, la pêche intensive, les abattoirs représentent un désastre écologique et éthique.

Il y a de nombreux aliments, céréales, légumineuses, fruits et légumes, de méconnus qui sont excellents gustativement et nutritionnellement, et avec cette nouvelle diversité dans son assiette, on oublie vite les plats carnés ou le poisson. Pour ma part, ma difficulté se situe plutôt au niveau des produits laitiers (le lait de vache à cause du thé au lait, yaourts, fromage je n'en mange pas beaucoup mais quand même, beurre j'en prends 125g/mois). Je ne sais pas comment remplacer le fromage et le beurre. Et parfois pour faire des crêpes, c'est difficile sans ces ingrédients (et exceptionnellement des œufs bio)... Quelqu'un aurait des conseils sur ces produits ?


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La philosophie à l’épreuve de la viande
LE MONDE CULTURE ET IDEES | 24.12.2014 à 12h36 | Par Catherine Vincent

Certes, la Journée internationale sans viande (Meat Out Day), fixée chaque année autour du 20 mars, suscite l’intérêt croissant du grand public et des médias. Certes, scientifiques et politiques sont chaque jour plus nombreux à dénoncer l’aberration pour l’environnement que représente la production mondiale de viande (302 millions de tonnes en 2012, soit cinq fois plus qu’en 1950), l’une des grandes causes de la déforestation, du réchauffement climatique et de la pollution de la planète. Certes, de grands chefs cuisiniers prennent position, tel le Français Alain Ducasse, qui a supprimé la viande de la carte du Plaza Athénée, son restaurant parisien. Certes, le nouveau livre du moine bouddhiste Matthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux, est un joli succès de librairie… Et après ?

Après, rien. Ou presque. On sait, et on continue. On évoque avec pessimisme la crise écologique, on s’indigne du scandale des élevages industriels, mais on ne renonce pas à son bifteck. Ni à sa dinde de Noël. Tout juste réduit-on un peu sa consommation… Mais si peu ! Un effort infime au regard de l’essor fulgurant qu’a connu l’industrie de la viande depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En France, alors que la population est passée de 40 millions d’habitants à près de 70 millions aujourd’hui, la quantité de viande consommée par personne a presque doublé entre 1950 et 1980, grimpant de 50 à près de 100 kg par an. Elle a, depuis, légèrement régressé, mais avoisine toujours les 90 kg par personne et par an. Soit près de 500 000 bovins, ovins et porcins tués chaque jour dans les abattoirs, tandis que les végétariens plafonnent à 2 % de la population.

« Tous les ans, 60 milliards d’animaux terrestres et 1 000 milliards d’animaux marins sont tués pour notre consommation, ce qui pose un défi majeur à la cohérence éthique des sociétés humaines », constate Matthieu Ricard. Dans un livre choc paru en 2011, le romancier américain Jonathan Safran Foer allait plus loin encore. Faut-il manger les animaux ?, s’interrogeait-il à l’issue d’une longue enquête, en partie clandestine, dans cet enfer insoutenable qu’est l’élevage industriel. « Les animaux sont traités juridiquement et socialement comme des marchandises », conclut-il. Nous le savons tous, comme nous devinons tous l’horreur des traitements qu’on leur inflige. Sans vouloir nous en souvenir. Car c’est un fait : « La majorité des gens semble avoir accepté le fait de manger les animaux comme un acte banal de l’existence. »

En avons-nous moralement le droit ? Le 30 octobre, l’Assemblée nationale adoptait un projet de loi visant à reconnaître aux animaux, dans notre Code civil, le statut d’« êtres vivants doués de sensibilité ». Pouvons-nous, pour notre plaisir ou par simple habitude, faire souffrir et mourir des êtres vivants capables de souffrance, d’émotions, d’intentions, alors même que notre survie alimentaire n’est pas en jeu ? Et si non, pourquoi continuons-nous à le faire ? Pour tenter de comprendre, nous avons voulu interroger la philosophie. Et nous devons avouer notre surprise : la philosophie, jusqu’à un passé (très) récent, ne s’est jamais posée cette question. Elle ne s’est jamais demandé si cette pratique était acceptable. C’était une évidence.

« Dans l’Antiquité grecque, on ne pouvait pas tuer un animal ni manger de la viande n’importe comment, tempère la philosophe Elisabeth de Fontenay, auteur de l’ouvrage somme Le Silence des bêtes. La philosophie à l’épreuve de l’animalité (Fayard, 1999). Pour les Anciens, comme pour Aristote et Platon, cette pratique était très codifiée par les sacrifices religieux. Mais tuer les animaux pour les manger, cela allait de soi. On n’en parlait même pas. » A quelques exceptions près : Pythagore (571-495 av. J.-C.), pour qui tuer un animal pour le manger était un crime ; et longtemps après, Plutarque (45-120 apr. J.-C.), dont le traité S’il est loisible de manger chair est un vibrant plaidoyer pour l’abstinence de nourriture carnée. Mais, dans leur immense majorité, les Anciens ne se sont intéressés à l’animal que pour démontrer combien l’homme en était différent. Combien il leur était supérieur.

C’est ce qu’on nomme l’humanisme anthropocentrique : une conception fondée sur l’idée de l’exceptionnalisme humain, que la tradition judéo-chrétienne n’a fait que renforcer. Notamment le christianisme, selon lequel la bête a été créée pour le bien de l’homme, centre et maître de la création. Toute la tradition philosophique occidentale sera marquée par cette coupure ontologique entre l’homme et l’animal. Et il faudra attendre Jacques Derrida, et sa déconstruction du propre de l’homme, pour qu’enfin la question soit posée : comment a-t-on pu à ce point légitimer la violence envers l’animal ? Précisément en le nommant « l’animal », plutôt que de parler des animaux, répond-il. Car « l’animal » n’existe pas, si ce n’est pour désigner l’ensemble des vivants pouvant être exploités, tués et consommés hors du champ de la morale et de la politique. Le meurtre de « l’animal » n’est pas reconnu comme tel. Alors qu’il y a bel et bien « crime contre les animaux, contre des animaux ».

Comme Derrida, Elisabeth de Fontenay l’affirme : « Il n’y a aucun fondement philosophique, métaphysique, juridique, au droit de tuer les animaux pour les manger. C’est un assassinat en bonne et due forme, puisque c’est un meurtre fait de sang-froid avec préméditation. » Elle-même, pourtant, n’est pas végétarienne. « Je n’en suis pas fière, mais comment faire autrement ? Je ne mange pas de la viande tous les jours, mais j’adore les lasagnes ! J’adore la sauce tomate à la bolognaise ! Les goûts de chacun, c’est compliqué. C’est idiosyncrasique, c’est l’histoire de l’enfance… » Elisabeth de Fontenay a le courage de cette contradiction majeure, qu’elle analyse à l’aune de notre histoire. « Manger de la viande, c’est un héritage du néolithique ! Vous vous rendez compte ? Du néolithique ! Et toutes les cultures, toutes, sont carnivores ! » Même en Inde, où le végétarisme hindouiste compte nombre d’exceptions.

Changer une habitude plurimillénaire, source de protéines animales et d’un plaisir gustatif singulier ? S’interdire l’accès à un aliment qui, de tout temps, fut considéré comme un mode de distinction sociale ? Pas si facile. Cela coûte du temps, de l’argent, cela oblige dans nos sociétés modernes à se priver d’innombrables produits fabriqués. Pour une famille nombreuse à revenus modestes, cela frise vite le sacerdoce. « Je peux très bien comprendre que certains trouvent trop compliqué d’être végétarien, et que ces mêmes personnes affirment être contre le fait d’élever les animaux pour les tuer », estime la philosophe Florence Burgat, devenue végétarienne « après avoir été hypercarnivore ». « Cela ne me semble pas incohérent. Beaucoup tentent de réduire leur consommation de viande, ou de la rendre plus éthique. L’important est de tendre vers quelque chose. »

Auteur de plusieurs ouvrages sur la question animale, elle consacrera son prochain ouvrage à « l’option carnivore de l’humanité ». Car une question la fascine. « Nous sommes une espèce omnivore, ce qui signifie que nous avons le choix de notre alimentation, rappelle-t-elle. Pourquoi alors l’humanité, au moment où elle arrive à un niveau de développement suffisant pour s’émanciper de l’alimentation carnée – vers la fin du XIXe siècle, quand les connaissances scientifiques et techniques libèrent les bêtes d’un certain nombre de tâches, et que surviennent les premières lois de protection des animaux –, pourquoi fait-elle au contraire le choix de l’instituer ? De l’inscrire dans les techniques, dans les pratiques ? » Un droit désormais devenu, dans la plupart des pays dont le développement le permet, celui de manger de la viande tous les jours.

Depuis quand ? Symboliquement depuis 1865, date à laquelle furent inaugurés les abattoirs de Chicago. En 1870, les Union Stock Yards (littéralement, les « parcs à bestiaux de l’Union ») traitaient déjà 2 millions d’animaux par an. En 1890, le chiffre était passé à 14 millions, dont la mort et le dépeçage fournissaient du travail à 25 000 personnes – Ford, dans ses Mémoires, affirme s’être inspiré de ces abattoirs pour créer sa chaîne de montage à Detroit. C’est ainsi, aux Etats-Unis, que démarre véritablement la démocratisation de la nourriture carnée. Et la production de masse d’une viande issue de ce que l’historien américain Charles Patterson, dans son ouvrage Un éternel Treblinka (Calmann-Lévy, 2008), qualifie de génocide animal. Un génocide qu’il n’hésite pas à comparer à celui du peuple juif dans les camps de concentration nazis.

C’est aussi ce que fait le philosophe Patrice Rouget, auteur d’un récent essai sur La Violence de l’humanisme. « Cette passerelle tendue d’entre deux horreurs est installée aujourd’hui, écrit-il. Des noms dignes de respect, non suspects de mauvaise foi ou de parti pris idéologique, l’ont bâtie pièce à pièce pour que nous osions la franchir. Singer, Lévi-Strauss, Derrida, Adorno, Horkheimer, des victimes revenues des camps de la mort y ont apporté leur contribution. » Ce qui fait de l’extermination perpétrée par les nazis un événement irréductible à tout autre événement de l’Histoire, et ce qui rapproche ce crime de masse de l’enfer de l’abattoir, c’est le processus industriel qui est à l’œuvre. Un processus qui, à la différence des autres génocides, rend le meurtre « identiquement interminable, au moins dans son principe ».

Qu’ils soient végétariens ou « carnistes », tous les philosophes s’accordent donc sur ce point : la production et la mise à mort des bêtes à la chaîne sont une abomination, indigne d’une civilisation évoluée. « Le problème éthique majeur aujourd’hui, ce n’est pas celui de la consommation de viande, affirme Dominique Lestel, philosophe et éthologue à l’Ecole normale supérieure de Paris. C’est l’ignominie de l’élevage industriel. Il y a une dégradation non seulement de l’animal, mais aussi de l’humain à travers ces pratiques. » Auteur d’une provocante Apologie du carnivore, il estime cependant que les végétariens « éthiques » – ceux qui refusent de manger de la viande au nom de la souffrance des bêtes et de leur droit à la vie –, se trompent de cible en s’obstinant à combattre « le méchant carnivore ».

« Par rapport à l’enjeu qu’est la fermeture des élevages industriels, ces végétariens éthiques seraient infiniment plus efficaces s’ils s’alliaient avec ce que j’appelle les carnivores éthiques : des carnivores qui refusent de manger de la viande industrielle, ou qui considèrent que cela ne se fait pas à n’importe quel prix, ni de n’importe quelle façon, précise-t-il. La moindre des choses que l’on puisse faire pour un animal que l’on tue, c’est de le cuisiner convenablement… C’est-à-dire avoir un rapport avec cet animal mort qui n’est pas celui que l’on a face à une barquette de supermarché. » Dominique Lestel, et il n’est pas le seul, opte pour le concept de la « viande heureuse » – une viande provenant d’animaux bien élevés, bien tués, que nous pourrions ainsi consommer en toute bonne conscience. Un compromis auquel Florence Burgat s’oppose totalement.

« Quelle que soit la manière dont on s’y prend, la violence qui consiste à tuer les animaux pour les manger demeure, observe-t-elle. Elle renvoie à la question de fond : qui sont les animaux ? Est-ce que le fait de vivre leur importe ? Pourquoi tuer un homme serait grave, et pourquoi tuer un animal ne le serait pas ? Je n’arrive pas à comprendre ce qui motive cet argument, et je le comprends d’autant moins que les animaux d’élevage, y compris en élevage bio, sont tués très jeunes. Qu’est-ce que cela signifie d’offrir à des bêtes de bonnes conditions de vie dans laquelle elles peuvent s’épanouir, puis de les tuer en pleine jeunesse ? » Vinciane Despret, philosophe à l’université de Liège (Belgique), n’explique pas cette contradiction manifeste. Mais elle rappelle que « l’acte de manger est un acte qui requiert de la pensée », et que la mise en œuvre de cette pensée a été précisément supprimée par notre alimentation moderne. Ce qui a permis que soit instaurée, « sans plus de révolte, la folie furieuse que constitue l’élevage industriel ».

« Au fur et à mesure des années, ce qui constituait un animal domestique vivant a progressivement disparu de tout état de visibilité », souligne-t-elle. La plupart des gens ne mangent plus que sa chair – laquelle, une fois dans l’assiette, évoque de moins en moins la bête dont elle vient. Le comble est atteint avec le hamburger : à Chicago, une étude a mon­tré que 50 % des enfants des classes moyennes ne faisaient pas le lien avec un animal. « La conséquence de cette logique, qui est en connivence avec l’élevage industriel, c’est que l’acte de manger est devenu totalement irresponsable : c’est un acte qui ne pense pas », conclut Vinciane Despret.

Penser plus, donc, pour enrayer cette tuerie et ces souffrances de masse ? Et manger moins de viande, bien sûr. Mais encore ? Fermer les élevages industriels ? A moins de se payer de mots, il n’y a guère d’autre solution. Mais il s’agirait d’une solution ultraradicale. Supprimer la production intensive et favoriser l’élevage artisanal, même en augmentant les surfaces dévolues aux bêtes, cela reviendrait à disposer d’une quantité de viande infinitésimale à l’échelle des 7 milliards de personnes qui peuplent la planète. A en faire à nouveau un mets de luxe, rare et accessible seulement à une petite partie de la population… L’inverse de la poule au pot du bon roi Henri IV, en quelque sorte. Pas très satisfaisant pour qui espère réduire les inégalités.

Reste une évidence, non plus philosophique mais écologique : au train où s’épuisent nos ressources naturelles, la planète ne pourra pas supporter longtemps les humains et leurs élevages. En 2001, alors que l’épidémie d’encéphalopathie spongiforme bovine (EBS) battait son plein, Claude Lévi-Strauss publiait un texte magnifique, La Leçon de sagesse des vaches folles (revue Etudes rurales, 2001). Citant les experts, il y rappelait que « si l’humanité devenait intégralement végétarienne, les surfaces aujourd’hui cultivées pourraient nourrir une population doublée ». Les agronomes se chargeraient d’accroître la teneur en protéines des végétaux, les chimistes de produire en quantité industrielle des protéines de synthèse, les biologistes de fabriquer de la viande in vitro – elle existe déjà en laboratoire.

Mais alors, plus de bêtes ? C’est ce que redoute Jocelyne Porcher, ancienne éleveuse devenue sociologue à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui vient de coordonner un Livre blanc pour une mort digne des animaux. Un avenir sans élevage est un avenir sans animaux, du moins sans ces animaux avec lesquels nous avons une relation de travail, prévient-elle. Ce qui ne convainc guère la philosophe Anne Frémaux, auteur de La Nécessité d’une écologie radicale (Sang de la Terre, 2011). « C’est là un argument qui s’appuie sur la préférence abstraite pour l’existence plutôt que la non-existence, et qui ne prend pas en compte la vie réellement et concrètement vécue par l’individu », estime-t-elle, en suggérant de réensauvager les animaux domestiques et d’agrandir l’espace dévolu aux espèces naturelles.
Florence Burgat, elle, n’en démord pas : « Tant que l’homme mangera les animaux, rien ne pourra changer dans sa conduite envers les autres hommes. On ne peut pas éduquer à la non-violence envers son prochain quand des espèces très proches de nous restent tuables. »


A LIRE :
Plaidoyer pour les animaux. Vers une bienveillance pour tous, de Matthieu Ricard (Allary Editions, 382 p., 20,90 €).
Livre blanc pour une mort digne des animaux, coordonné par Jocelyne Porcher (Editions du Palais, 104 p., 14,50 €).
La Violence de l’humanisme. Pourquoi nous faut-il persécuter les animaux ?, de Patrice Rouget (Calmann-Lévy, 160 p., 14,50 €).
Une autre existence. La condition animale, de Florence Burgat (Albin Michel, 2012).
Apologie du carnivore, de Dominique Lestel (Fayard 2011).
Faut-il manger les animaux ?, de Jonathan Safran Foer (Points, 2012 ; Editions de l’Olivier, 2011).


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2 ... 4sukbCb.99

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Re: Droit des animaux

Message par Leonie » 30 déc. 2014, 18:24

Merci pour cet article. Pour ma part, j'aimerais bien me passer de viande un jour (peut-être ma résolution pour 2016? ^^), mais je suis totalement nulle en cuisine hormis mes 5 recettes habituelles, et c'est ce qui me freine dans ma conversion...

Quelqu'un saurait me conseiller des sites internet ou bouquins de cuisine végétariens (sans devoir faire ses courses dans des rayons spéciaux de magasins inaccessibles sans voiture)
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Re: Droit des animaux

Message par Luzerne » 30 déc. 2014, 19:51

Joli article,

Pour ma part cela fait un an que je suis végétarienne, pour diverses raisons, écologiques et l'inhumanité de l'industrie agroalimentaire envers les animaux qui me dégoute profondément. Je dois dire que malgré quelques appréhensions (je n'étais pas particulièrement une grande consommatrice de viande, mais le foie gras, pâté, saumon et poisson en général, fruits de mer ne me laissaient pas du tout insensible), la transition s'est plutôt bien passée :p.
Désormais, l'idée de manger une autre espèce animale m'est assez insupportable, nous sommes tous des habitants de cette planète, et l'humain est une espèce intelligente, d'où mon avis personnel : pourquoi devrais-je tuer pour manger, alors que je peux me nourrir autrement ? :p

Comme toi Natsu, j'aimerais ralentir les produits laitiers mais c'est assez compliqué :s Autant la viande je n'en étais pas si "fan", mais le fromage et le lait c'est dur de s'en passer !
Pour les crêpes sans oeufs ni lait c'est possible, le lait peut se remplacer par des laits végétaux sans trop de problèmes et puis les oeufs ne sont pas indispensables dans une recette de pâte à crêpe ! (ou sinon peut se remplacer par de la fécule de maïs peut être ?, il me semblait avoir vu des recettes avec cet ingrédient !)

Leonie, je comprends tes appréhensions, avant de devenir végétarienne je ne cuisinais quasiment pas et mes repas consistaient en une alternance de pâtes, riz, oeufs sous toutes ses formes (omelettes, oeufs au plat, oeufs mollet, c'est dingue ce qu'on peut faire avec des oeufs :p). En bref, pas de la grande cuisine et pas équilibré du tout...
Quand j'ai décidé de devenir végétarienne, une sorte de barrière dans mon cerveau s'est levée, et j'ai découvert beaucoup de choses, que ce soit des aliments ou des recettes :p Je pense qu'il faut juste se lancer ^^

Après tout, des plats végétariens, ce sont juste des plats sans viande ! On peut cuisiner des plats "normaux", juste en enlevant la viande et la remplacer par autre chose, comme un légume qui nous plaît par exemple ^^

Mais sinon j'ai un peu fouillé et j'ai trouvé deux sites qui m'ont l'air pas mal, les voici :
http://recettes-vegetariennes.com/frame ... mmaire.htm
http://www.cuisine-vegetarienne.com/

Ah, et un petit conseil perso : ressortez vos épices, c'est bon pour la santé, et c'est bon tout court !! :P
« Le sourire coûte moins cher que l'électricité et il éclaire mieux. » Alphonse Daudet

^^

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Re: Droit des animaux

Message par Natsu » 30 déc. 2014, 20:23

On trouve déjà pas mal de choix dans les rayons bio des grandes surfaces. Moi aussi, j'ai la flemme de cuisiner, j'achète des produits déjà préparés de la marque Bjorg, Priméal, Jardin Bio, Céréal Bio (galettes, boulgour, épeautre, quinoa, lentilles, etc.). Ce sont des produits qui se conservent hors du réfrigérateur (sauf quand c'est ouvert), c'est pour une ou deux personnes (pour moi cela me fait 3 repas :mrgreen: ), au goût je trouve cela bon, c'est complet, hyper facile à préparer (on fait juste réchauffer dans une poêle pour les galettes, ou dans une casserole pour les céréales (j'ajoute du fromage et de la crème pour que cela soit meilleur)), des légumes surgelés (purées de légumes, épinards, champignons, on peut les mélanger aux céréales, et comme ça, pas la peine de faire les courses souvent), des galettes de riz (c'est très bon tartiné de houmous).

Je vais quand même dans un magasin bio pour les fruits secs, on les achète en vrac, donc on peut choisir. C'est super pour les personnes comme moi qui détestent les raisins secs et parce qu'il y en a dans tous les mélanges déjà préparés de fruits secs, bio ou pas bio. Je fais donc mon mélange en mettant : noix de cajou, noix de pécan, amandes, noisettes... Une idée : les amandes, tu les fais tremper une nuit dans un peu d'eau, et au matin tu as des amandes fraîches dont tu peux même peler la peau, c'est super bon, et les graines de tournesol, graines de courge (tu peux les faire griller à la poêle et les mettre dans la salade). Arrivée chez toi, il vaut mieux tout mettre dans des boites hermétiques (ne pas les laisser dans des sachets en papier, cela prend une odeur).

Dans les magasins bio, tu peux trouver plus de choix de substituts végétariens (steak de soja, tranches de soja pour faire des sandwichs), de la levure de bière pour la salade (je n'aime pas cela, mais c'est vivement conseillé par les diététiciens, c'est très bon pour la santé, bourré de vitamines et minéraux), des substituts de pâte à tartiner sans huile de palme, ainsi que des produits naturels pour la peau (donc finalement, pas la peine d'y aller très souvent non plus).

En grande surface, tu peux trouver tous les substituts au lait de vache (lait de soja, nature, à la vanille, au chocolat, lait d'amande, lait de riz, le dernier que j'ai goûté : le lait de châtaigne, c'est très bon comme base de chocolat chaud, avec du chocolat en poudre ou solide à faire fondre dedans :D ), des biscuits, gâteaux, chocolat (attention "chocolat bio" n'est pas synonyme de "fairtrade", marché équitable, la garantie d'un salaire minimum versé aux producteurs, un sigle différent de la marque bio. Il y a du chocolat bio non fairtrade, du fairtrade non bio, et du fairtrade/ethiquable et bio (auquel cas, les deux sigles sont visibles sur le produit)), et on peut aussi y trouver tous les produits ménagers en biodégradables. Et franchement, mon panier de courses ne me coûte pas plus cher que cela, peut-être parce que la viande et le poisson coûtent très cher, ainsi que les produits carnés, et que l'on peut se faire plaisir autrement, en achetant une mangue ou un ananas par exemple, en se faisant un jus d'orange pressé, ou un gâteau au fromage blanc.

Merci Luzerne, je vais essayer des recettes vegan pour les crèpes. Je pense pouvoir supprimer le lait de vache ou quasiment, mais le beurre salé et le fromage, c'est plus dur ...

Une autre idée pour agrémenter les plats : la pâte de basilic (le pesto) et la purée d'ail, cela se conserve au réfrigérateur, c'est excellent dans la salade, les plats de champignons, et presque tout ! Et pour la sauce salade, je mélange plusieurs huiles différentes, c'est bien d'alterner pour varier les apports nutritionels : olive, avocat, germe de blé (très peu), et noix.
Modifié en dernier par Natsu le 04 janv. 2015, 22:15, modifié 3 fois.

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Re: Droit des animaux

Message par Leonie » 31 déc. 2014, 09:20

Merci pour vos conseils! Bon, j'essaierai de m'y mettre de temps en temps (histoire de s'y mettre progressivement), et je vous ferai savoir si j'ai survécu!

C'est vrai que tous ces ingrédients nouveaux me font peur, mais après tout depuis que j'ai découvert le kéfir je m'en passe plus, ça ne peut pas être pire! ^^
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Re: Droit des animaux

Message par Luzerne » 31 déc. 2014, 13:59

Héhé bon courage, et n'hésites pas à demander si tu as des questions ou quoi :)
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Re: Droit des animaux

Message par Leonie » 08 janv. 2015, 14:21

Je suis vraiment nulle en cuisine... -_-' (tiens, j'aurais pu rajouter ça à ma liste de défauts)

Mais après avoir fait tout déborder/cramer et avoir oublié de cuire l'oignon et le poivron avec le reste (mais c'est pas grave, ça se mange bien cru!), je peux vous dire que les galettes cacahuète-poivron-lentilles trouvées grâce au lien de Luzerne sont pas mauvaises, et pas besoin de viande pour ne plus avoir faim! ;-)

Allez, va falloir que je m'entraîne maintenant...
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Re: Droit des animaux

Message par Dexter » 09 janv. 2015, 09:12

Dans les magasins bio il y a pas mal de chose pour les végé aux rayons frais par exemple, des steaks de soja, ou seitan, divers "parfum" aussi épinard noisette, olives.. il y en a pour tous les gouts en fait. Il y a aussi pleins d'autres truc en simili de viande.

il y a aussi le monde vegan une boutique sur Paris qui vend que des articles végétale, chaque fois que je monte sur Paris je vais y faire un tour :)
on peut aussi commander sur le net il y a vraiment de tout :
http://www.unmondevegan.com/index.cfm

c'est devenu une franchise, ils vont ouvrir des boutiques partout en France! la prochaine sera sur Lyon normalement

pour ceux qui habitent pas loin de Toulouse il y a aussi une boutique vegan :
http://www.vegactu.com/actualite/le-cri ... gan-12162/

je connais beaucoup de sites avec des recettes, il y a aussi pas mal de groupes sur fb pour avoir des conseil, des recettes...
voilà quelque exemple :
http://liliskitchen.com/toutes-les-recettes/
http://www.jardinvegan.com/
http://www.vegetarisme.fr/cuisine-vegetarienne/
http://vegemiam.fr/

et même spécial dessert :
http://www.rosemadeleine.com/
La civilisation ne consiste pas à multiplier les besoins mais à les réduire volontairement, délibérément. Cela seul amène le vrai bonheur.
Nous vivons dans une culture où le superflu est devenu si nécessaire que nous sommes condamnés à toujours vivre dans le manque!

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Re: Droit des animaux

Message par Robespierre » 06 févr. 2015, 01:27

Natsu a écrit :Voici un article que je trouve très pertinent. Je me permets de le transmettre tel quel, en son intégralité, car il est très complet, on ne pourrait mieux l'exprimer : l'acte de manger se pense. Le lien vers l'article se situe en fin de page.

Je sais qu'il y a de nombreux végétariens sur le forum, j'espère que cet article en convaincra davantage. L'élevage, la pêche intensive, les abattoirs représentent un désastre écologique et éthique.

Il y a de nombreux aliments, céréales, légumineuses, fruits et légumes, de méconnus qui sont excellents gustativement et nutritionnellement, et avec cette nouvelle diversité dans son assiette, on oublie vite les plats carnés ou le poisson. Pour ma part, ma difficulté se situe plutôt au niveau des produits laitiers (le lait de vache à cause du thé au lait, yaourts, fromage je n'en mange pas beaucoup mais quand même, beurre j'en prends 125g/mois). Je ne sais pas comment remplacer le fromage et le beurre. Et parfois pour faire des crêpes, c'est difficile sans ces ingrédients (et exceptionnellement des œufs bio)... Quelqu'un aurait des conseils sur ces produits ?


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La philosophie à l’épreuve de la viande
LE MONDE CULTURE ET IDEES | 24.12.2014 à 12h36 | Par Catherine Vincent

Certes, la Journée internationale sans viande (Meat Out Day), fixée chaque année autour du 20 mars, suscite l’intérêt croissant du grand public et des médias. Certes, scientifiques et politiques sont chaque jour plus nombreux à dénoncer l’aberration pour l’environnement que représente la production mondiale de viande (302 millions de tonnes en 2012, soit cinq fois plus qu’en 1950), l’une des grandes causes de la déforestation, du réchauffement climatique et de la pollution de la planète. Certes, de grands chefs cuisiniers prennent position, tel le Français Alain Ducasse, qui a supprimé la viande de la carte du Plaza Athénée, son restaurant parisien. Certes, le nouveau livre du moine bouddhiste Matthieu Ricard, Plaidoyer pour les animaux, est un joli succès de librairie… Et après ?

Après, rien. Ou presque. On sait, et on continue. On évoque avec pessimisme la crise écologique, on s’indigne du scandale des élevages industriels, mais on ne renonce pas à son bifteck. Ni à sa dinde de Noël. Tout juste réduit-on un peu sa consommation… Mais si peu ! Un effort infime au regard de l’essor fulgurant qu’a connu l’industrie de la viande depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En France, alors que la population est passée de 40 millions d’habitants à près de 70 millions aujourd’hui, la quantité de viande consommée par personne a presque doublé entre 1950 et 1980, grimpant de 50 à près de 100 kg par an. Elle a, depuis, légèrement régressé, mais avoisine toujours les 90 kg par personne et par an. Soit près de 500 000 bovins, ovins et porcins tués chaque jour dans les abattoirs, tandis que les végétariens plafonnent à 2 % de la population.

« Tous les ans, 60 milliards d’animaux terrestres et 1 000 milliards d’animaux marins sont tués pour notre consommation, ce qui pose un défi majeur à la cohérence éthique des sociétés humaines », constate Matthieu Ricard. Dans un livre choc paru en 2011, le romancier américain Jonathan Safran Foer allait plus loin encore. Faut-il manger les animaux ?, s’interrogeait-il à l’issue d’une longue enquête, en partie clandestine, dans cet enfer insoutenable qu’est l’élevage industriel. « Les animaux sont traités juridiquement et socialement comme des marchandises », conclut-il. Nous le savons tous, comme nous devinons tous l’horreur des traitements qu’on leur inflige. Sans vouloir nous en souvenir. Car c’est un fait : « La majorité des gens semble avoir accepté le fait de manger les animaux comme un acte banal de l’existence. »

En avons-nous moralement le droit ? Le 30 octobre, l’Assemblée nationale adoptait un projet de loi visant à reconnaître aux animaux, dans notre Code civil, le statut d’« êtres vivants doués de sensibilité ». Pouvons-nous, pour notre plaisir ou par simple habitude, faire souffrir et mourir des êtres vivants capables de souffrance, d’émotions, d’intentions, alors même que notre survie alimentaire n’est pas en jeu ? Et si non, pourquoi continuons-nous à le faire ? Pour tenter de comprendre, nous avons voulu interroger la philosophie. Et nous devons avouer notre surprise : la philosophie, jusqu’à un passé (très) récent, ne s’est jamais posée cette question. Elle ne s’est jamais demandé si cette pratique était acceptable. C’était une évidence.

« Dans l’Antiquité grecque, on ne pouvait pas tuer un animal ni manger de la viande n’importe comment, tempère la philosophe Elisabeth de Fontenay, auteur de l’ouvrage somme Le Silence des bêtes. La philosophie à l’épreuve de l’animalité (Fayard, 1999). Pour les Anciens, comme pour Aristote et Platon, cette pratique était très codifiée par les sacrifices religieux. Mais tuer les animaux pour les manger, cela allait de soi. On n’en parlait même pas. » A quelques exceptions près : Pythagore (571-495 av. J.-C.), pour qui tuer un animal pour le manger était un crime ; et longtemps après, Plutarque (45-120 apr. J.-C.), dont le traité S’il est loisible de manger chair est un vibrant plaidoyer pour l’abstinence de nourriture carnée. Mais, dans leur immense majorité, les Anciens ne se sont intéressés à l’animal que pour démontrer combien l’homme en était différent. Combien il leur était supérieur.

C’est ce qu’on nomme l’humanisme anthropocentrique : une conception fondée sur l’idée de l’exceptionnalisme humain, que la tradition judéo-chrétienne n’a fait que renforcer. Notamment le christianisme, selon lequel la bête a été créée pour le bien de l’homme, centre et maître de la création. Toute la tradition philosophique occidentale sera marquée par cette coupure ontologique entre l’homme et l’animal. Et il faudra attendre Jacques Derrida, et sa déconstruction du propre de l’homme, pour qu’enfin la question soit posée : comment a-t-on pu à ce point légitimer la violence envers l’animal ? Précisément en le nommant « l’animal », plutôt que de parler des animaux, répond-il. Car « l’animal » n’existe pas, si ce n’est pour désigner l’ensemble des vivants pouvant être exploités, tués et consommés hors du champ de la morale et de la politique. Le meurtre de « l’animal » n’est pas reconnu comme tel. Alors qu’il y a bel et bien « crime contre les animaux, contre des animaux ».

Comme Derrida, Elisabeth de Fontenay l’affirme : « Il n’y a aucun fondement philosophique, métaphysique, juridique, au droit de tuer les animaux pour les manger. C’est un assassinat en bonne et due forme, puisque c’est un meurtre fait de sang-froid avec préméditation. » Elle-même, pourtant, n’est pas végétarienne. « Je n’en suis pas fière, mais comment faire autrement ? Je ne mange pas de la viande tous les jours, mais j’adore les lasagnes ! J’adore la sauce tomate à la bolognaise ! Les goûts de chacun, c’est compliqué. C’est idiosyncrasique, c’est l’histoire de l’enfance… » Elisabeth de Fontenay a le courage de cette contradiction majeure, qu’elle analyse à l’aune de notre histoire. « Manger de la viande, c’est un héritage du néolithique ! Vous vous rendez compte ? Du néolithique ! Et toutes les cultures, toutes, sont carnivores ! » Même en Inde, où le végétarisme hindouiste compte nombre d’exceptions.

Changer une habitude plurimillénaire, source de protéines animales et d’un plaisir gustatif singulier ? S’interdire l’accès à un aliment qui, de tout temps, fut considéré comme un mode de distinction sociale ? Pas si facile. Cela coûte du temps, de l’argent, cela oblige dans nos sociétés modernes à se priver d’innombrables produits fabriqués. Pour une famille nombreuse à revenus modestes, cela frise vite le sacerdoce. « Je peux très bien comprendre que certains trouvent trop compliqué d’être végétarien, et que ces mêmes personnes affirment être contre le fait d’élever les animaux pour les tuer », estime la philosophe Florence Burgat, devenue végétarienne « après avoir été hypercarnivore ». « Cela ne me semble pas incohérent. Beaucoup tentent de réduire leur consommation de viande, ou de la rendre plus éthique. L’important est de tendre vers quelque chose. »

Auteur de plusieurs ouvrages sur la question animale, elle consacrera son prochain ouvrage à « l’option carnivore de l’humanité ». Car une question la fascine. « Nous sommes une espèce omnivore, ce qui signifie que nous avons le choix de notre alimentation, rappelle-t-elle. Pourquoi alors l’humanité, au moment où elle arrive à un niveau de développement suffisant pour s’émanciper de l’alimentation carnée – vers la fin du XIXe siècle, quand les connaissances scientifiques et techniques libèrent les bêtes d’un certain nombre de tâches, et que surviennent les premières lois de protection des animaux –, pourquoi fait-elle au contraire le choix de l’instituer ? De l’inscrire dans les techniques, dans les pratiques ? » Un droit désormais devenu, dans la plupart des pays dont le développement le permet, celui de manger de la viande tous les jours.

Depuis quand ? Symboliquement depuis 1865, date à laquelle furent inaugurés les abattoirs de Chicago. En 1870, les Union Stock Yards (littéralement, les « parcs à bestiaux de l’Union ») traitaient déjà 2 millions d’animaux par an. En 1890, le chiffre était passé à 14 millions, dont la mort et le dépeçage fournissaient du travail à 25 000 personnes – Ford, dans ses Mémoires, affirme s’être inspiré de ces abattoirs pour créer sa chaîne de montage à Detroit. C’est ainsi, aux Etats-Unis, que démarre véritablement la démocratisation de la nourriture carnée. Et la production de masse d’une viande issue de ce que l’historien américain Charles Patterson, dans son ouvrage Un éternel Treblinka (Calmann-Lévy, 2008), qualifie de génocide animal. Un génocide qu’il n’hésite pas à comparer à celui du peuple juif dans les camps de concentration nazis.

C’est aussi ce que fait le philosophe Patrice Rouget, auteur d’un récent essai sur La Violence de l’humanisme. « Cette passerelle tendue d’entre deux horreurs est installée aujourd’hui, écrit-il. Des noms dignes de respect, non suspects de mauvaise foi ou de parti pris idéologique, l’ont bâtie pièce à pièce pour que nous osions la franchir. Singer, Lévi-Strauss, Derrida, Adorno, Horkheimer, des victimes revenues des camps de la mort y ont apporté leur contribution. » Ce qui fait de l’extermination perpétrée par les nazis un événement irréductible à tout autre événement de l’Histoire, et ce qui rapproche ce crime de masse de l’enfer de l’abattoir, c’est le processus industriel qui est à l’œuvre. Un processus qui, à la différence des autres génocides, rend le meurtre « identiquement interminable, au moins dans son principe ».

Qu’ils soient végétariens ou « carnistes », tous les philosophes s’accordent donc sur ce point : la production et la mise à mort des bêtes à la chaîne sont une abomination, indigne d’une civilisation évoluée. « Le problème éthique majeur aujourd’hui, ce n’est pas celui de la consommation de viande, affirme Dominique Lestel, philosophe et éthologue à l’Ecole normale supérieure de Paris. C’est l’ignominie de l’élevage industriel. Il y a une dégradation non seulement de l’animal, mais aussi de l’humain à travers ces pratiques. » Auteur d’une provocante Apologie du carnivore, il estime cependant que les végétariens « éthiques » – ceux qui refusent de manger de la viande au nom de la souffrance des bêtes et de leur droit à la vie –, se trompent de cible en s’obstinant à combattre « le méchant carnivore ».

« Par rapport à l’enjeu qu’est la fermeture des élevages industriels, ces végétariens éthiques seraient infiniment plus efficaces s’ils s’alliaient avec ce que j’appelle les carnivores éthiques : des carnivores qui refusent de manger de la viande industrielle, ou qui considèrent que cela ne se fait pas à n’importe quel prix, ni de n’importe quelle façon, précise-t-il. La moindre des choses que l’on puisse faire pour un animal que l’on tue, c’est de le cuisiner convenablement… C’est-à-dire avoir un rapport avec cet animal mort qui n’est pas celui que l’on a face à une barquette de supermarché. » Dominique Lestel, et il n’est pas le seul, opte pour le concept de la « viande heureuse » – une viande provenant d’animaux bien élevés, bien tués, que nous pourrions ainsi consommer en toute bonne conscience. Un compromis auquel Florence Burgat s’oppose totalement.

« Quelle que soit la manière dont on s’y prend, la violence qui consiste à tuer les animaux pour les manger demeure, observe-t-elle. Elle renvoie à la question de fond : qui sont les animaux ? Est-ce que le fait de vivre leur importe ? Pourquoi tuer un homme serait grave, et pourquoi tuer un animal ne le serait pas ? Je n’arrive pas à comprendre ce qui motive cet argument, et je le comprends d’autant moins que les animaux d’élevage, y compris en élevage bio, sont tués très jeunes. Qu’est-ce que cela signifie d’offrir à des bêtes de bonnes conditions de vie dans laquelle elles peuvent s’épanouir, puis de les tuer en pleine jeunesse ? » Vinciane Despret, philosophe à l’université de Liège (Belgique), n’explique pas cette contradiction manifeste. Mais elle rappelle que « l’acte de manger est un acte qui requiert de la pensée », et que la mise en œuvre de cette pensée a été précisément supprimée par notre alimentation moderne. Ce qui a permis que soit instaurée, « sans plus de révolte, la folie furieuse que constitue l’élevage industriel ».

« Au fur et à mesure des années, ce qui constituait un animal domestique vivant a progressivement disparu de tout état de visibilité », souligne-t-elle. La plupart des gens ne mangent plus que sa chair – laquelle, une fois dans l’assiette, évoque de moins en moins la bête dont elle vient. Le comble est atteint avec le hamburger : à Chicago, une étude a mon­tré que 50 % des enfants des classes moyennes ne faisaient pas le lien avec un animal. « La conséquence de cette logique, qui est en connivence avec l’élevage industriel, c’est que l’acte de manger est devenu totalement irresponsable : c’est un acte qui ne pense pas », conclut Vinciane Despret.

Penser plus, donc, pour enrayer cette tuerie et ces souffrances de masse ? Et manger moins de viande, bien sûr. Mais encore ? Fermer les élevages industriels ? A moins de se payer de mots, il n’y a guère d’autre solution. Mais il s’agirait d’une solution ultraradicale. Supprimer la production intensive et favoriser l’élevage artisanal, même en augmentant les surfaces dévolues aux bêtes, cela reviendrait à disposer d’une quantité de viande infinitésimale à l’échelle des 7 milliards de personnes qui peuplent la planète. A en faire à nouveau un mets de luxe, rare et accessible seulement à une petite partie de la population… L’inverse de la poule au pot du bon roi Henri IV, en quelque sorte. Pas très satisfaisant pour qui espère réduire les inégalités.

Reste une évidence, non plus philosophique mais écologique : au train où s’épuisent nos ressources naturelles, la planète ne pourra pas supporter longtemps les humains et leurs élevages. En 2001, alors que l’épidémie d’encéphalopathie spongiforme bovine (EBS) battait son plein, Claude Lévi-Strauss publiait un texte magnifique, La Leçon de sagesse des vaches folles (revue Etudes rurales, 2001). Citant les experts, il y rappelait que « si l’humanité devenait intégralement végétarienne, les surfaces aujourd’hui cultivées pourraient nourrir une population doublée ». Les agronomes se chargeraient d’accroître la teneur en protéines des végétaux, les chimistes de produire en quantité industrielle des protéines de synthèse, les biologistes de fabriquer de la viande in vitro – elle existe déjà en laboratoire.

Mais alors, plus de bêtes ? C’est ce que redoute Jocelyne Porcher, ancienne éleveuse devenue sociologue à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui vient de coordonner un Livre blanc pour une mort digne des animaux. Un avenir sans élevage est un avenir sans animaux, du moins sans ces animaux avec lesquels nous avons une relation de travail, prévient-elle. Ce qui ne convainc guère la philosophe Anne Frémaux, auteur de La Nécessité d’une écologie radicale (Sang de la Terre, 2011). « C’est là un argument qui s’appuie sur la préférence abstraite pour l’existence plutôt que la non-existence, et qui ne prend pas en compte la vie réellement et concrètement vécue par l’individu », estime-t-elle, en suggérant de réensauvager les animaux domestiques et d’agrandir l’espace dévolu aux espèces naturelles.
Florence Burgat, elle, n’en démord pas : « Tant que l’homme mangera les animaux, rien ne pourra changer dans sa conduite envers les autres hommes. On ne peut pas éduquer à la non-violence envers son prochain quand des espèces très proches de nous restent tuables. »


A LIRE :
Plaidoyer pour les animaux. Vers une bienveillance pour tous, de Matthieu Ricard (Allary Editions, 382 p., 20,90 €).
Livre blanc pour une mort digne des animaux, coordonné par Jocelyne Porcher (Editions du Palais, 104 p., 14,50 €).
La Violence de l’humanisme. Pourquoi nous faut-il persécuter les animaux ?, de Patrice Rouget (Calmann-Lévy, 160 p., 14,50 €).
Une autre existence. La condition animale, de Florence Burgat (Albin Michel, 2012).
Apologie du carnivore, de Dominique Lestel (Fayard 2011).
Faut-il manger les animaux ?, de Jonathan Safran Foer (Points, 2012 ; Editions de l’Olivier, 2011).


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2 ... 4sukbCb.99

Robespierre
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Re: Droit des animaux

Message par Robespierre » 06 févr. 2015, 01:56

Je viens de m'inscrire sur ce site pour une question bien précise mais je vois que j'ai eu bien fait pour de multiples raisons car effectivement depuis que je lis les articles des uns et des autres je m'aperçois que nous avons de nombreuses valeurs en commun et notamment celle de la défense de la nature en général et des animaux en particulier ! En effet, depuis que j'ai pris du recul sur ma vie j'ai décidé de devenir végétarienne car je n'ai jamais supporté de contribuer au désastre de la planète et à la souffrance animale. Je suis athée dans le sens général du terme mais plutôt de philosophie bouddhiste et je reprends souvent la citation du Dalaï Lama pour expliquer ma position sur le sujet : "Les animaux sont mes amis et je ne mange pas mes amis"!!! Dès que j'ai pris cette décision je me suis sentie légère comme si je me libérais d'un énorme boulet et je ne remangerai de la viande pour rien au monde ! Pour répondre à Léonie sur les informations qu'on peut avoir sur le sujet, moi je suis inscrite sur Face book à "Ethique et Animaux" et je reçois également beaucoup de choses en ce qui concerne les restaurants et les recettes véganes. Essayez dès 2015, ça vaut le coup ! (Moi je me suis lancée dans l'aventure le 10 Mars 2013)... A bientôt, j'espère pour de nouvelles discussions sur le sujet ou sur d'autres !

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Re: Droit des animaux

Message par Zimou » 06 févr. 2015, 12:31

bienvenue!
Robespierre a écrit :je reprends souvent la citation du Dalaï Lama pour expliquer ma position sur le sujet : "Les animaux sont mes amis et je ne mange pas mes amis"
Ce n'est pas une citation du Dalai Lama mais de G.B. Shaw.
http://www.linternaute.com/citation/424 ... nard-shaw/
La définition de l'asexualité est "une personne qui ne ressent d'attirance sexuelle pour personne". Cependant, vous seul pouvez décider quel terme vous convient le mieux.
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Re: Droit des animaux

Message par Leonie » 21 mai 2015, 14:06

Bonjour,

Durant une conversation récente avec des amis, on m'a répondu que les végétariens étaient hypocrites car l'agriculture intensive détruisait bien davantage la biodiversité en termes de populations d'insectes et d'espèces en voie de disparition comparé à l'élevage, qui au final était parvenu à un équilibre sain.

Je n'y avais jamais réfléchi, et du coup j'essaie de trouver que répondre à ce genre d'arguments tout de même bien senti... Des idées?

Dans tous les cas, je plante chez moi mes propres légumes 100% bio et j'essaie d'attirer des abeilles (sans résultat pour le moment)
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Re: Droit des animaux

Message par Ptite Marie » 21 mai 2015, 14:22

Un élément de réponse :
vegfaq a écrit :L’élevage est le principal responsable de l’accaparement des terres arables (70 % des terres agricoles et 30 % de toute la surface de la terre). La plus grande partie de la production mondiale de céréales est destinée à l'alimentation du bétail. En France les deux-tiers des surfaces agricoles sont dédiés à l'élevage et aux cultures fourragères. Avant d'être abattus, les animaux victimes auront consommé une grande quantité d'aliments. Un régime carné implique donc une consommation indirecte de céréales et autres végétaux considérablement plus importante qu'une alimentation végétale.
http://vegfaq.org/crales
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Re: Droit des animaux

Message par Leonie » 24 mai 2015, 10:01

Merci, je n'y avais pas songé! ^^
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Re: Droit des animaux

Message par Natsu » 24 mai 2015, 14:41

Il faut 20kg de céréales et 15000 litres d'eau pour produire 1kg de viande.

Et puis il y a les GES, l'élevage en produit plus que le secteur des transports : par exemple l'élevage produit 65% des émissions en hémioxyde d'azote, un gaz au potentiel de réchauffement global 296 fois plus élevé que celui du CO2.

C'est aussi l'activité la plus nuisible de la planète pour les ressources en eau (gaspillage, pollution).

L'élevage est directement responsable de la déforestation de la forêt amazonienne. 90% de production de soja est destinée à l'élevage et le 1er pays producteur et exportateur est le Brésil.

Précision pour les végétariens : le tofu et les laits de soja proviennent de France ou d'Italie.

pour plus d'informations : http://www.alimentation-responsable.com ... e-mondiale
et le site de la FAO

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