Asexualité et pathologie ?

Vous voulez parler -ou entendre parler de l'asexualité ? Faites-nous part de ce qui vous passe par la tête, comment vous ressentez votre asexualité, votre relation aux autres, comment tout ceci influence votre vie.
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Lerena
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Re: Asexualité et pathologie ?

Message par Lerena » 04 oct. 2018, 13:55

Bon, je vais commencer par l'obligatoire "Je suis autiste ET asexuelle". Je considère ces deux parties de mon identité comme séparées. Mon asexualité n'a pas pris naissance dans mon autisme, pas plus que mon autisme ne s'est créé dans mon asexualité. J'ai toujours été autiste, j'ai exploré mon identité sexuelle durant mon adolescence et mes années d'adulte pour finalement établir que je suis asexuelle et panromantique.

Je dois avouer être agacée par certains posts de ce sujet parce qu'ils reviennent à faire rentrer mon asexualité dans un cadre de "non-sexualité", ce qui est capacitiste à souhait. Certes, nous sommes un certain nombre dans la communauté autiste à nous revendiquer asexuels. Mais nous savons ce qu'est la sexualité, nous savons ce que cela implique, nous savons ce que nous voulons dire lorsque nous disons que nous sommes asexuels. Je n'ai moi-même pas d'intérêt pour le sexe, qui va même jusqu'à m'ennuyer lorsque je me retrouve devant une scène lors d'une lecture de livre ou lorsque je regarde un film/une série.

Ce manque d'intérêt n'est pas lié à mes difficultés sociales ou à mes troubles vis-à-vis du contact physique. Il n'est pas un "symptome" de mon handicap, mais une simple expression de mon identité sexuelle. Je ne suis pas "non-sexuelle", je suis "asexuelle". Je sais ce qu'est le sexe et je ne suis pas intéressée. Ce n'est pas une question "d'innocence" ou de "pureté" ou "d'ignorance" ou que sais-je encore, comme on a pu me le dire encore et encore. Je suis légitime dans mon absence d'intérêt vis-à-vis du sexe, tout comme mes pairs autistes sont légitimes dans l'intérêt qu'ils peuvent présenter à celui-ci.

Parce que oui, les autistes peuvent consentir au sexe et aimer cela (je précise cela parce que j'ai déjà entendu parler de "viol" ou d'abus parce que la personne était autiste, alors que la relation était consentie et vécue sainement).

Pour ceux d'entre vous qui n'ont pas de personnes autistes dans leur entourage, je ne peux que vous recommander d'explorer certains médias, qui ont le mérite de nous représenter assez bien : la bd "La différence invisible", les films "Adam" et "Jane wants a boyfriend", la série télé "Good doctor" (qui évoque clairement ce sujet, puisque le personnage principal a une sexualité définie et éprouve de l'intérêt pour les médias pornographiques, ce qui ne manque pas de surprendre certains de ses collègues) et la série tv Community, qui présente en Abed Nadir l'une des meilleures représentations de l'autisme qu'il m'ait été donné de voir. J'ajouterai également "Rick", de Rick et Morty, qui a une sexualité bien définie, est loin d'être innocent et a été confirmé autiste dans la dernière saison de la série (le réalisateur étant lui-même autiste, ce n'était pas juste une blague en passant).

Mais tout ça n'aura toutefois jamais la valeur de ce qu'une personne autiste peut dire à son sujet, au sujet de l'autisme et au sujet de sa sexualité. Aucune personne en-dehors de moi-même n'est en droit de définir comment je devrais m'identifier, ce que je dois ressentir et quels labels je devraient m'être imposés.

Je n'irai jamais dire que tous les neurotypiques sont forcément allosexuels et ne pourraient pas s'identifier comme asexuels parce qu'ils n'ont pas la même perception du monde et le même rapport à la sexualité que moi. Pourquoi vous permettrez-vous de faire une telle allégation ? La communauté asexuelle est assez stigmatisée pour que nous ne nous déchirions pas aussi bêtement. Neurotypiques ou neurodivergents, nous sommes tous valides dans notre identité, dans notre sexualité, dans notre manière d'être et de concevoir le monde.

Voilà, c'était tout ce que j'avais à dire là-dessus.

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Re: Asexualité et pathologie ?

Message par Hestia » 04 oct. 2018, 18:03

la série télé "Good doctor"
Série que j'apprécie vraiment beaucoup et effectivement, il est clairement montré que le personnage principal, est hétérosexuel. En parenthèse, même si je doute que cela soit le cas, certains propos du personnage principal m'ont incité à espérer qu'il soit aromantique, et là, c'est une personne aromantique qui a juste envie que l'aromantisme soit aborder dans une série qu'elle apprécie, qui s'exprime, je n'ai pas eu cette conclusion ou du moins espérance, car le personnage en question est autiste.
Je suis une personne non-binaire, et j'apprécie qu'on parle de moi avec des mots et des phrases épicènes, et j'accepte qu'en m’accorde au féminin lorsqu'il est difficile de faire autrement.

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Re: Asexualité et pathologie ?

Message par Hestia » 04 oct. 2018, 19:14

Sinon, pour revenir au sujet initial, l'asexualité n'est pas causée par une pathologie, mais il est parfaitement possible que des personnes puissent être asexuelles et être confrontées à ce qu'on associe à une pathologie. Quoique j'ai vraiment du mal avec le terme de pathologie, j'ai la sensation qu'on l'utilise souvent pour parler de choses qu'on ne connait et comprend pas.
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Re: Asexualité et pathologie ?

Message par PassionA » 04 oct. 2018, 21:43

eleuth a écrit :
27 sept. 2018, 18:23
Je me pose énormément de questions concernant l'asexualité... A la fois, je me retrouve énormément dans la description que j'ai trouvé de ce spectre, mais en deçà, je ne peux m'empêcher de me demander si vraiment ce n'est pas relié à un blocage, à une peur inconsciente, ou à des séquelles d'un événement psychologique traumatisant oublié. Vous êtes vous déjà posés ces questions ? Si oui, avez vous réussi à les surmonter ? De quelle manière ?
La pathologie c'est au sens large un trouble. L'asexualité n'est pas un trouble en soi, mais une personne en trouble peut s'identifier asexuelle. Il n'y a pas de vraies ou fausses personnes asexuelles puisque c'est aussi une identité, on se reconnait ainsi dans le fait de ne pas éprouver d'attirance sexuelle.

S'il y a blocage ou traumatisme identifiable, alors il a un axe de travail personnel (et/ou aide médicale) pour s'émanciper de ce trouble, et qui sait s'identifier autrement qu'ace. En revanche, on ne peut pas faire ça si notre orientation est asexuelle - attention, orientation et identité sont à séparer car l'identité c'est se reconnaitre, mais l'orientation c'est être.

Je pense qu'on est beaucoup d'ace (et de queer, de façon générale) à s'être demandé quel était notre problème, quelle en était la cause, et pourquoi on pouvait pas tout simplement être pareil que tout le monde. Le fait est que tous les individus sont différents et que ces différences ne devraient pas être vues comme des anomalies à corriger. Le plus gros du travail à faire c'est d'arriver à accepter nos différences, et donc à s'accepter tel que l'on est.

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Re: Asexualité et pathologie ?

Message par fiffi » 05 oct. 2018, 00:26

Merci pour ton témoignage Lerena , il nous éclaire vraiment sur ton ressenti et de mieux connaitre l' autisme . Tu combats avec intelligence certaines idées reçues et tu as raison de le faire .

Il ne s' agit pas de stigmatiser les autistes ou les personnes souffrant d' une pathologie mais de différencier l' asexualité d' une pathologie . Dire que l' asexualité est une orientation sexuelle à part entière permet justement de dire que tu es autiste et asexuelle . Les deux ne sont pas liés , ce sont bien deux composantes de ta personnalité .
Cette précision est importante parce que certaines personnes nient l' asexualité et affirment que les A sont autistes . L' asexualité étant encore peu connu , il est nécessaire d' apporter ce genre de précision .

Notre idée n' est pas de se déchirer bêtement mais de mieux se comprendre mutuellement . Je pense sincèrement que ton asexualité est aussi valable que la mienne ou celle d' autres personnes A .

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Re: Asexualité et pathologie ?

Message par Romain36 » 16 nov. 2018, 13:43

Bonjour, on m'a donné le lien vers ce poste, car je suis moi-même autiste. Je pense que presque tout a été dit sur le sujet. Pour ma part je ne fais pas le lien entre mon orientation sexuelle et mon autisme.

Je souhaite réagir au message d'une personne qui a indiqué que les recherches scientifiques ont mis en avant plus de divergences de la norme hétérosexuelle dans la population autiste. Pour ma part, je pense que cela est dû au fait que les autistes sont généralement moins enclins à se conformer à une norme sociale. Les neurotypiques sont généralement plus enclins aux faux-semblants et à "se forcer" pour cadrer au modèle dominant. Les tendances homosexuelles ou asexuelles seraient donc à mon avis un peu sous-estimées.

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Re: Asexualité et pathologie ?

Message par Olib » 16 nov. 2018, 15:51

Je souhaite réagir au message d'une personne qui a indiqué que les recherches scientifiques ont mis en avant plus de divergences de la norme hétérosexuelle dans la population autiste. Pour ma part, je pense que cela est dû au fait que les autistes sont généralement moins enclins à se conformer à une norme sociale. Les neurotypiques sont généralement plus enclins aux faux-semblants et à "se forcer" pour cadrer au modèle dominant. Les tendances homosexuelles ou asexuelles seraient donc à mon avis un peu sous-estimées.
Oui, c'est aussi la conclusion que je m'étais faite.
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