Asexualité : peut-être enfin une réponse à ce que je voyais comme un problème ?

Vous voulez parler -ou entendre parler de l'asexualité ? Faites-nous part de ce qui vous passe par la tête, comment vous ressentez votre asexualité, votre relation aux autres, comment tout ceci influence votre vie.
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Pimprenelle
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Asexualité : peut-être enfin une réponse à ce que je voyais comme un problème ?

Message par Pimprenelle » 17 août 2018, 17:02

Bonjour à tout le monde,
Je découvre tout juste ce forum sur lequel je suis tombée par hasard au cours de mes recherches. Lire plusieurs témoignages m'a permis de découvrir que je n'étais pas seule à ressentir un décalage vis à vis de la sexualité comme elle est souvent présentée / et comme mon entourage semble la vivre : ça fait réellement du bien !
J'ai 26 ans, je me pose encore de nombreuses questions et je ressens donc le besoin de partager mon expérience afin de peut-être trouver une réponse plus claire. Je vais essayer de faire au plus court (j'ai du mal haha), je m'excuse d'avance pour le pavé :oops:

Durant mon adolescence, j'ai le souvenir d'avoir ressenti de l'excitation sexuelle, que je pouvais assouvir seule. Elle pouvait être éveillée par des fantasmes ou des scènes érotiques par exemple, mais pas spécialement par une personne en particulier. Dans mes souvenirs, je n'ai pas l'impression d'avoir un jour éprouvé un réel désir corporel pour quelqu'un. Autour de moi, je voyais mes amies parler de sexe, de leur attirance envers telle ou telle personne, puis de leur première fois : chose que je ne ressentais pas moi-même et qui me mettait plutôt mal à l'aise. J'ai par contre eu ce que l'on pourrait appeler des "crush": des sentiments pour des garçons, les papillons dans le ventre, etc., mais jamais d'envie charnelle. J'étais tétanisée à l'idée de devoir "aller plus loin", j'ai donc plusieurs fois joué la carte de la fuite : à savoir me rapprocher de la personne parce que je ressentais des sentiments, puis tout détruire dès que je sentais que la relation amoureuse pouvait aboutir. Au début de mes années lycée, j'ai notamment eu un vrai "crush" sur une personne (qui elle voulait aller plus loin) - et je sais aujourd'hui que c'est l'un des facteurs qui a déclenché mon anorexie. Maladie que j'ai vécu pendant plusieurs années, et qui était notamment une façon pour moi d'anesthésier totalement mes sentiments, par peur de ressentir le sentiment amoureux. A cette période, je supportais difficilement que l'on me touche. Avec du recul, je me demande si cette peur du sentiment amoureux n'était pas assez en lien avec ma sexualité. Je passe les détails, désolé si c'est un peu flou. Mais la dénutrition a ensuite fait que ma libido a totalement disparu. J'ai eu un premier rapport assez tardivement, avec une personne que j'aimais beaucoup "sentimentalement", mais sans avoir d'envie "charnelle", ni de plaisir.

Je suis globalement guérie depuis quelques années maintenant, malgré tout même la libido / les "pulsions" sexuels que je pouvais ressentir adolescente ne sont jamais réapparus de façon aussi intense. Après ma première fois, je n'ai eu aucun rapport pendant plusieurs années sauf plaisirs solitaires ponctuels malgré une libido faible. Etudiante, je voyais mes amis avoir des relations d'un soir, ressentir de fortes attirances sexuelles pour d'autres personnes etc. : chose que je n'ai absolument jamais ressenti en fait. Ce qui me faisait me sentir anormale, et me rendait très mal à l'aise puisque je n'en ai jamais parlé. Il m'est d'ailleurs souvent arrivé d'inventer de fausses histoires pour que l'on me lâche la grappe ou pour ne pas me sentir honteuse durant des conversations. Depuis plusieurs années je suis en couple avec une personne géniale, malgré des débuts très compliqués pour moi. J'ai été amoureuse très fortement et le suis toujours, même si le lâcher prise a été compliqué bref. :) Au début, nos relations sexuelles étaient fréquentes et je peux prendre du plaisir "mécaniquement" pendant l'acte : malgré tout (et c'est extrêmement difficile de me l'avouer), je crois que je n'ai jamais eu l'impression d'avoir envie de lui physiquement. J'ai eu envie de lui faire plaisir, pris du plaisir à lui faire plaisir, c'est ce qui me motivait en fait. Aujourd'hui, nos relations sont moins fréquentes et j'ai l'impression d'avoir du coup d'en avoir encore moins envie.. Je peux me donner du plaisir seule quand j'en ressens le besoin et ça m'arrive, mais je ne ressens toujours pas d'attirance sexuelle pour quelqu'un en particulier. Je culpabilise énormément de ça.. Quand à côté, des amis peuvent avoir des discussions vis à vis de leur vie sexuelle intense etc., j'ai l'impression d'être un extra-terrestre. J'ai parfois essayé de me "mettre un coup de pied aux fesses" pour tester de nouvelles choses : mais si des fantasmes peuvent faire grimper ma libido en solitaire, je ne ressens toujours pas le besoin d'avoir des relations sexuelles avec quelqu'un d'autre. Aujourd'hui, ça me pèse de plus en plus : si je peux ressentir un plaisir pendant l'acte, j'ai l'impression de n'en avoir jamais envie physiquement.. J'essaye de m'y préparer parfois en me disant que c'est lié à un manque de lâcher prise, mais je ne suis pas sûre.

J'ai cru que c'était à cause de ma très faible expérience en matière de sexualité / des dysfonctionnements liés à période d'anorexie / d'un problème hormonal ou autre qui perturbe ma libido / du manque de confiance en moi : mais en découvrant l'asexualité, j'en viens à me dire que ce n'est peut-être par un problème mais "juste" ça ? Est-ce possible ?
Est-ce également possible que cette sexualité ait évolué dans le temps - à savoir que l'asexualité se soit construite vis à vis de mon histoire ? (je ne sais pas si c'est très clair)
Dans cette situation, je ne sais pas si je dois en parler à mon ami ou pas.. Je me sens honteuse et j'ai peur de le blesser. C'est quelque chose dont je n'ai jamais parlé. Même si l'on communique beaucoup, qu'il n'est pas hyper demandeur non plus et que je lui demande souvent s'il ressent un manque de ce côté là et il me dit que non. Le sexe n'a jamais été quelque chose de primordial au sein de notre couple, du moins je crois. Prendre connaissance de ce terme qu'est l'asexualité et de quelques témoignages me fait pas mal réfléchir en tous cas et m'aide un peu à me sentir plus à l'aise avec mon ressenti.
Voilà, c'est peut-être un peu fouillis (et beaucoup trop long ^^), désolée ! Merci d'avance de m'avoir lue

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Grignoteuse de bouquins
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Re: Asexualité : peut-être enfin une réponse à ce que je voyais comme un problème ?

Message par Grignoteuse de bouquins » 17 août 2018, 17:51

Coucou Pimprenelle ! J'ai tout lu et évidemment que ta sexualité peut changer dans le temps , bouger . C'est un peu fluide , rien n'est fixé . Cependant il est possible que tu sois Asexuelle (pas forcément au sens strict du terme , il y a pleins de thermes et de nuances dans le spectre de l'asexualité) il est possible que tu le sois , mais sache que ce n'est pas relié a la libido ni a un problème hormonal . Après , peut être qu'a cause des problèmes que tu as eu avant , ca a altéré ta libido , c'est possible . Mais ce sont deux choses différentes . Dans tout les cas je te souhaites de trouver des réponses a tes questions et une bonne journée ;)
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Pimprenelle
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Re: Asexualité : peut-être enfin une réponse à ce que je voyais comme un problème ?

Message par Pimprenelle » 17 août 2018, 19:26

Merci beaucoup pour ta réponse, et d'avoir pris le temps de tout lire ! :)
En fait je me demandais si l'asexualité était quelque chose de figée dans le sens : le fait de ne pas ressentir d'attirance sexuelle pour des personnes est un type de sexualité, inhérent à qui nous sommes et qui restera ainsi. Comme le fait d'être homosexuel par exemple (même si ma comparaison est peut-être très mauvaise et désolée si c'est le cas ou si je froisse quelqu'un).
Par contre ok, je j'ai compris la différence entre la libido (qui elle peut possiblement être relié à un soucis hormonal), et le fait de désirer sexuellement une personne. Cela m'éclaire beaucoup.

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Re: Asexualité : peut-être enfin une réponse à ce que je voyais comme un problème ?

Message par drole2bete » 17 août 2018, 20:25

SAlut Primprenelle,

oui j'ai compris les choses aussi ainsi, l'asexualité c'est une orientation sexuelle comme l'homo- bi- hétéro- sexualité. ça ne s'explique pas, les personnes asexuelle sont comme ça. il n'y a pas de raison.
Si ton "Nicolas" (rapport à ton pseudo) est dans l'écoute, il te comprendra et vous choisirez les bons moments où tu auras vraiment envie d'avoir plaisir à lui faire plaisir. La question du consentement est délicate pour les asexuel.les. Comment trouver les bons moments et être dans un bon équilibre, de respect des envies et des non-envies de chacun. tout est histoire de bonne communication.
il y a une rubrique sur les couples A/S (Asexuel / Sexuel).

Bienvenue par ici en tous cas

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Re: Asexualité : peut-être enfin une réponse à ce que je voyais comme un problème ?

Message par radgeur » 17 août 2018, 20:36

Bonjour Pimprenelle et bienvenu à toi.

Pour répondre à ta question, pour moi non la sexualité de chacun n'évolue pas avec le temps, elle est figée en tout un chacun, mais par contre chacun la découvre à son rythme et de différentes manières.
Je vais rejoindre du coup grignoteuse.de.bouquins sur ce point, non ton orientation sexuelle ne dépend pas des différentes périodes qu'il y a pu avoir dans ta vie et oui ce que tu décris ressemble fort pour moi à de l'asexualité.

Pour parler un peu de l'asexualité, il y a des personnes qui savent faire des compromis au niveau des relations sexuelles, certains ne ressentent rien ou peu de choses mais acceptent pour faire plaisir à leur partenaire de pratiquer à diverses occasions.

Pour moi il est important que mon couple soit basé sur la confiance, je te dirai donc qu'il est important oui que tu lui en parles, surtout que je ne pense pas que cela changera quelque chose pour votre couple étant donné que vous avez l'air d'avoir trouvé un compromis. Cela lui permettra juste de mieux te comprendre.

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Re: Asexualité : peut-être enfin une réponse à ce que je voyais comme un problème ?

Message par fiffi » 18 août 2018, 00:06

Bienvenue Pimprenelle ,

je confirme , l' asexualité n' a pas de cause , comme toutes les orientations sexuelles .

Tu es probablement asexuelle , tu n" as pas ressenti d' attirance pendant ton adolescence avant de connaitre des périodes douloureuses . Il ne faut plus que tu culpabilises . D' abords , tu n' es pas seul à avoir se type de ressenti et ensuite , ce n' est pas de ta faute ; tu n' es pas responsable de ton asexualité .

Il semble que vous ayez trouvés naturellement un compromis au sein de votre couple . Je ne sais pas si tu eux lui parler de ton asexualité , surtout si vous connaissez depuis longtemps . Il risque de se montrer fort surpris mais peut-être comprendra t- il si il est lui même peu demandeur . je ne suis pas en couple , je ne suis pas le mieux placé pour te conseiller , mais , comme dans toute relation , il faut une bonne communication .

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Re: Asexualité : peut-être enfin une réponse à ce que je voyais comme un problème ?

Message par PassionA » 18 août 2018, 11:43

Bienvenue et merci de ton témoignage :)

Ce que tu ressens n'a rien de bizarre ni d'anormal. On est beaucoup à s'être retrouvé ici justement à cause de ce même sentiment de ne pouvoir être compris (ou de ne pouvoir se faire comprendre) vis à vis de ce que nous ressentons - car s'il existe un dogme de la sexualité fondatrice du couple et bienfaitrice de l'épanouissement personnel, ce dogme oublie qu'on puisse ne pas ressentir d'attirance ni désirer de sexualité, ainsi nous avons tendance à vouloir nous conformer à une réalité qui nous échappe et nous égare et par la même occasion invisibilise nos ressentis les plus profonds et intimes.

La maladie que tu as traversée était un véritable obstacle dans ta vie mais n'a probablement aucun rapport avec le manque d'attirance que tu ressens. Il me semble que tu fais bien la séparation entre libido et attirance, la maladie ayant affecté ta libido. Comme l'ont dit les autres membres, l'asexualité est une orientation et n'a donc aucune cause, cependant il faut parfois du temps avant de se reconnaitre et de s'accepter tel que l'on est (demande aux homos qui vivent la même chose) parce que c'est inconnu ou méconnu et parce que c'est différent de ce que la grosse majorité des personnes prennent pour acquis et immuable : l'attirance sexuelle. Bref, les questionnements et les essais/erreurs en matière de sexualité/romance font parti du lot quand le grand compas cosmique à pointé la direction de l'asexualité pour quelqu'un. Du moins tant que la population sera peu éduquée sur ce sujet, car au final, de la même manière qu'un individu hétéro sait qu'il n'est pas attiré sexuellement par les personnes du même genre, et inversement pour un homo, un ace sait qu'il n'est attiré par aucune personne quelque soit sont genre.

Dire que cela dure toute la vie ou pas, disons que pour l'instant ça dépend surtout du point de vue de chacun sur l'orientation - est-ce que tu as l'impression que les hétéros changent d'orientation dans leur vie, et les homos ? moi pas vraiment dans le cas général, donc j'ai tendance à penser que pour l'asexualité c'est pareil. En revanche ce qui peut changer beaucoup dans la vie d'une personne c'est la façon dont elle s'identifie, et le parcours pour s'identifier ace peut être souvent très long (en fonction notamment de la génération, j'ai l'impression que les jeunes ont accès plus facilement à l'information dès les premiers questionnements et ainsi peuvent mettre rapidement un mot sur leurs ressentis, se sentir moins bizarres).

Pimprenelle
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Re: Asexualité : peut-être enfin une réponse à ce que je voyais comme un problème ?

Message par Pimprenelle » 18 août 2018, 22:11

Merci énormément pour vos réponses qui m'aident beaucoup. Effectivement, je n'ai pas à me plaindre dans mon couple même si aucun mot n'a été mis là-dessus, j'ai toujours pu discuter librement de ce que je pensais être lié à un soucis hormonal / de santé - et comme la sexualité n'a jamais été centrale dans notre couple finalement l'équilibre s'est créé seul. C'est plutôt moi qui culpabilisais et culpabilise toujours vis à vis de mon absence d'envie, parce que je me suis toujours sentie anormale vis à vis de ça. Quand des amis semblent ne pas pouvoir se passer de relations pendant plus d'une semaine, moi j'ai l'impression d'y penser seulement parce que je me mets la pression.
Comme tu le dis bien PassionA, c'est aussi parce que j'ai intégré l'idée qu'une activité sexuelle régulière et intense était signe de bonne santé du couple - alors que pour moi ça n'a jamais été central, bien au contraire. En fait je ne sais pas ce que ça fait de désirer physiquement quelqu'un, et c'est un énorme soulagement pour moi de découvrir que l'asexualité est une orientation possible au même titre que l'homosexualité ou l'hétérosexualité. C'est non seulement déculpabilisant, mais cela me permet de réfléchir différemment le rapport que j'entretiens avec ma propre sexualité. C'est vraiment intéressant, je vais continuer à lire des choses à ce sujet. Je me retrouve dans pas mal de témoignages, et si je ne me sens pas du tout prête à aborder le sujet avec quelqu'un d'autre en posant ce mot, à titre personnel c'est un soulagement de se sentir moins seule et de se rendre compte que ce n'est finalement pas un problème. Contrairement à ce que la société au sens général du terme, pourrait nous faire croire.
Merci énormément pour vos commentaires :)

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